1 DVD Dynamic 38076 & 1 Blu-ray 58076

Il existait en DVD un Roberto Devereux du Festival Donizetti de Bergame, déjà filmé par Matteo Ricchetti lors de l’édition 2006, avec Dimitra Theodossiou en Elisabetta (Naxos). Cette nouvelle parution – toujours de la version originale de 1837 – présente la production de Stephen Langridge de 2024, que nous avons chroniquée dans ces colonnes (voir O. M. n° 209 p. 40) et dont on retrouve à l’écran la belle esthétique d’inspiration élisabéthaine, mais aussi le côté très insistant de la symbolique mortuaire et les limites de la direction d’acteurs.

L’intérêt majeur se trouve dans le chant, avec, ce qui n’est pas si fréquent, un couple Elisabetta-Roberto partageant les mêmes exigences belcantistes. John Osborn fait oublier sa maladresse d’acteur par des prodiges de diction, de cantabile, de clair-obscur, de dosage des dynamiques et des registres qui culminent dans une scène de la prison (« Come un spirto angelico ») fabuleuse. Sans être une torche, Jessica Pratt sait trouver la présence ombrageuse et hautaine de la reine vieillissante, et aborde ce rôle périlleux avec une parfaite intelligence de ses moyens de soprano léger à l’origine, se plaçant dans la lignée d’une Mariella Devia, avec qui elle a étudié. Elle affronte les grands écarts de tessiture en soignant chaque attaque, sans grossir le grave ni le médium, usant largement de demi-teintes élégiaques, vocalises fines et pianissimi flottants, pour mieux réserver colorature di forza et grands aigus percutants aux moments qui les exigent. Quant aux suraigus, ils font d’autant plus d’effet qu’elle n’en abuse pas (outre le fulgurant contre- final, citons ce contre-mi très inattendu à la fin du II). Sans atteindre (encore ?) à des moments aussi incroyables que Devia à 67 ans – DVD BelAir à Madrid en 2015 et Dynamic à Gênes en 2016 (voir O. M. n° 125 p. 78) –, sa cadette reprend fièrement le flambeau avec cette prise de rôle très réussie.

Si Raffaella Lupinacci, beau mezzo frémissant à l’aigu superbe, est une excellente Sara, Simone Piazzola, en Duc de Nottingham son époux, représente le point noir de la distribution : grosse voix mais chant sommaire à l’intonation basse, acteur caricatural qui plus est. Saluons l’efficacité des rôles secondaires et du chœur, et la direction parfaitement idiomatique et solide de Riccardo Frizza, même s’il lui manque, dans quelques moments clés, ce surcroît de tension qui donnerait le grand frisson.

THIERRY GUYENNE

1 DVD Dynamic 38076 & 1 Blu-ray 58076

Jessica Pratt (Elisabetta) – Simone Piazzola (Il duca di Nottingham) – Raffaella Lupinacci (Sara) – John Osborn (Roberto Devereux) – David Astorga (Lord Cecil) – Ignas Melnikas (Sir Gualtiero Raleigh)
Coro dell’Accademia Teatro alla Scala, Orchestra Donizetti Opera, dir. Riccardo Frizza. Mise en scène : Stephen Langridge. Réalisation : Matteo Ricchetti (16:9 ; stéréo : PCM ; Dolby Digital 5.1)

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