Teatro alla Scala, 8 & 22 juin
Lors de la première londonienne de cette Carmen (voir O. M. n° 203 p. 59), Mehdi Mahdavi soulignait la manière dont Damiano Michieletto évite à la fois la déconstruction radicale et les facilités du folklore traditionnel, inscrivant l’action dans des espaces contemporains, ternes et désolés. L’élément le plus marquant est la présence récurrente d’une femme vêtue de noir, la mère de Don José, véritable antagoniste de Carmen. Elle déplace le centre de gravité de l’ouvrage : on est ainsi conduit à y voir plus un drame de l’incapacité de Don José à accepter la liberté de Carmen et à s’émanciper du joug familial qu’une simple histoire de jalousie.
Myung-Whun Chung privilégie des tempi vifs, une énergie constamment tendue et des couleurs orchestrales éclatantes, parfois en contraste avec la noirceur de la scène. Une battue très active, au geste souvent en avance, qui crée une forte tension propulsive et confère à l’ensemble un sentiment d’urgence dramatique. Cette approche n’est toutefois pas sans contrepartie : elle peut engendrer çà et là une impression de léger décalage entre fosse et plateau.
Dans les deux distributions qui alternent, Clémentine Margaine est une Carmen dure, au timbre légèrement râpeux, peu sensuelle au sens traditionnel du terme, mais indéniablement charismatique et à sa manière séduisante dans son refus obstiné de tout compromis. Stéphanie d’Oustrac propose, quant à elle, une incarnation plus démonstrative et extériorisée, au risque parfois de forcer le trait. Parmi les deux Don José, Vittorio Grigolo convainc davantage grâce à une émission solide, une diction impeccable et une parfaite compréhension du personnage tel qu’il s’inscrit dans la lecture proposée par Michieletto, tandis que Matthew Polenzani apparaît assez empâté et alourdi. Giorgi Manoshvili est un Escamillo bien chanté mais au charisme limité, tandis qu’Andrii Kymach pâtit d’une émission engorgée. Les deux Micaëla (Natalia Tanasii et Slávka Zámečníková) sont honorables, sans laisser une impression durable.
PAOLO DI FELICE
Clémentine Margaine / Stéphanie d’Oustrac (Carmen)
Natalia Tanasii / Slávka Zámečníková (Micaëla)
Sarah Dufresne (Frasquita)
Marine Chagnon (Mercédès)
Vittorio Grigolo / Matthew Polenzani (Don José)
Giorgi Manoshvili / Andrii Kymach (Escamillo)
Xhieldo Hyseni (Zuniga)
Simone Del Savio (Moralès)
Pierre Doyen (Le Dancaïre)
Loïc Félix (Le Remendado)
Myung-Whun Chung (dm)
Damiano Michieletto (ms)
Paolo Fantin (d)
Carla Teti (c)
Alessandro Carletti (l)
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