par Jean-Philippe Thiellay
C’est un ouvrage d’utilité publique qu’a écrit Jean-Philippe Thiellay, première biographie en français d’un compositeur blacklisté de ce côté-ci du Rhin pour son activité durant les années noires de l’Allemagne, et dont on joue seulement les Carmina Burana, mais jamais les excellents opéras d’après Sophocle (Antigonæ, Œdipus der Tyrann), riches d’une orchestration percussive proche de la radicalité de la musique grecque, ou sa délirante fresque sur le Jugement dernier (De temporum fine comœdia). L’auteur, sans parti pris, remet l’église au milieu du village, sans accabler ni disculper outre mesure le parcours problématique mais jamais disqualifiant d’un compositeur ambitieux mais dans sa bulle, électron libre qui n’a jamais tenu le moindre propos antisémite et a commis comme plus néfaste faux pas de fournir une nouvelle musique de scène – pourtant écrite plus de quinze ans avant l’arrivée des nazis au pouvoir – en remplacement de celle de Mendelssohn pour Le Songe d’une nuit d’été. Avec honnêteté et sans complaisance, Jean-Philippe Thiellay tord le cou aux légendes aberrantes, dont celle qui laisserait accroire que les Carmina, pourtant considérés au départ comme de la « musique nègre » par certains dignitaires du IIIe Reich, aient été commandés par le régime scélérat. L’occasion de mettre les points sur les « i » et d’explorer la vie et le catalogue d’un compositeur au final pas plus compromis que Richard Strauss.
YANNICK MILLON
Actes Sud Musiques
240 p. 20 €
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