Opéras Putting It Together à Toulon
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Putting It Together à Toulon

09/05/2026
asmine Roy, Dov Milstein, Kelly Mathieson, Olivier Breitman et Sinan Bertrand.© Aurélien Kirchner

Théâtre Liberté, 24 avril

Le timing est toujours un credo du musical, y compris lorsqu’il prend la forme d’un pot-pourri, tel Putting It Together, en création française avec l’Opéra de Toulon, dans sa deuxième version (Broadway, 1999). Stephen Sondheim y livre un pasticcio de ses compositions – dont Company (1970), Follies (1971) et A Little Night Music (1973) –, qui, réunies, prennent un autre sens. Deux hommes, deux femmes et un Monsieur Loyal parlent de la vie, du temps qui passe, de l’hypocrisie du milieu du spectacle, de l’amour érodé. Les scènes s’enchaînent autour de grandes thématiques – « séduction », « vengeance », « déception »… – en autant de numéros in medias res où les interprètes plongent dans le grand bain de l’acting et de la prosodie acérée du New-Yorkais.

Habituée des fosses d’orchestre à effectif très limité, l’œuvre bénéficie ici de vingt-six instrumentistes, dans une heureuse réorchestration du directeur musical Thierry Boulanger, qui a notamment mis à l’honneur les cordes. Une fureur de rythme quasi stravinskienne s’empare de l’Orchestre de l’Opéra de Toulon, dont nous ressentons presque physiquement les battements et mouvements du son, au service d’un swing salvateur qui ne peut qu’emporter l’adhésion. La baguette résolue incite à l’articulation, au détail et au tumulte intériorisé, dans l’atmosphère de chaque song.

La décision discutable d’insérer un entracte casse la frénésie contagieuse du spectacle, d’autant que la mise en scène d’Olivier Bénézech joue sur une réjouissante dynamique de plateau. Il montre les coulisses d’un théâtre où quatre artistes – un vieux couple et un couple en devenir – et un régisseur travaillent sur une production de Sweeney Todd et communiquent entre eux soit directement, soit par le biais de la fiction. Les saynètes créent des moments d’intimité qui sculptent l’abstraction des regrets. Le metteur en scène se régale du sarcasme des lyrics avec des mises en situation parfois cruelles, souvent drôles et toujours très justes. Le spectacle n’a pas de ligne dramaturgique continue, mais son incarnation ultra-spontanée nous garde captifs grâce à la pleine acuité d’un regard sur les incertitudes du couple et le passage de flambeau des générations.

Si le sound design atténue parfois la voix des chanteurs par rapport à l’orchestre, en particulier dans la première partie, la distribution ne se fait pas prier pour exister pleinement. Le ténor Dov Milstein ajoute à sa composition vocale aérienne des pas de danse habités, pour une performance tutti frutti de haut vol. Kelly Mathieson passe de la jeune idéaliste à la femme fatale avec beaucoup d’aplomb et de fraîcheur, quand Jasmine Roy possède un vrai plaisir à transmettre le texte par l’intensité de l’instrument – certes ponctuellement empreint de fragilité dans le phrasé. Olivier Breitman restitue bien l’angularité de la prosodie ; le vertige et la justesse du contenu peinent en revanche à nous parvenir. Dans des vocalises à peaufiner, Sinan Bertrand embarque enfin sans mal le spectateur par sa présence scénique dans cette aventure plurielle à la précision d’horloger.

THIBAULT VICQ

Jasmine Roy (Woman 1)
Olivier Breitman (Man 1)
Kelly Mathieson (Woman 2)
Dov Milstein (Man 2)
Sinan Bertrand (Stage manager)
Thierry Boulanger (dm)
Olivier Bénézech (ms)
Bruno de Lavenère (d)
Sami Bedioui (c)
David Simon-Dehais (l)
Johan Nus (ch)

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