CD / DVD / Livres La Belle au bois dormant de Silver
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La Belle au bois dormant de Silver

06/05/2026

2 CD Palazzetto Bru Zane BZ 1064

Prix de Rome en 1891, Charles Silver a commencé la composition de sa Belle au bois dormant à la Villa Médicis. Oublié pendant cent vingt ans, l’ouvrage revient à la faveur d’une production de l’Opéra de Saint-Étienne et de cet enregistrement dû à l’initiative du Palazzetto Bru Zane.

En réalité, La Belle au bois dormant n’a été créée qu’en 1902, la même année que Pelléas, mais on trouverait plutôt chez Silver la manière d’un Massenet, dont il fut l’élève, avec quelques souvenirs wagnériens au deuxième acte. L’orchestration en est méticuleuse (sonorités cristallines pour les fées, couleurs cuivrées pour le château), mais, à l’écoute de l’enregistrement, la musique a peut-être été trop scrupuleusement écrite pour être vraiment exaltée – quand le Prince se révèle –, ou vraiment fantastique – quand la Fée Urgèle, nouvelle Ulrica, fait bouillir des serpents et des herbes. Souvent, à quelques mesures saisissantes (le tout début, le Prélude du IV) succèdent des développements plus convenus. Les pages les plus belles sont réservées à Aurore : son air du premier acte, « Quelle force inconnue en ce jardin m’amène ? », qu’avait enregistré la regrettée Jodie Devos avec I Giardini (Alpha), ou son long récit du dernier acte, mais aussi le duo plein de mélancolie avec son père le Roi. Les divertissements et les pantomimes apportent de la variété au propos, et le rôle parlé de la Fée Primevère ferait presque du personnage un récitant.

À l’occasion de cet enregistrement luxueusement présenté, le Palazzetto a réuni une équipe de chanteurs en grande partie francophones, qui abordent l’ouvrage avec intelligence et bonheur. On ne présente plus Thomas Dolié, impeccable en Roi, et on applaudit la soprano canadienne Guylaine Girard, qui chante Aurore avec une belle sensibilité, même si on eût aimé qu’elle mette plus de feu dans son long récit de l’acte IV. Julien Dran a de la vaillance en Chevalier errant puis en Prince, et les autres rôles sont habilement distribués, avec une réserve pour la diction de Kate Aldrich, qu’on aurait souhaitée par ailleurs plus inquiétante et plus impérieuse en Urgèle, la méchante fée de l’histoire.

Le Chœur, toujours très à l’aise avec le français, et l’Orchestre de la Philharmonie Nationale Hongroise qu’emmène György Vashegyi, familiers du Palazzetto, font preuve de leurs qualités coutumières et servent avec enthousiasme un ouvrage plus soigné qu’ambigu.

CHRISTIAN WASSELIN

2 CD Palazzetto Bru Zane BZ 1064

Guylaine Girard (Aurore/La Reine) – Julien Dran (Le Prince/Le Chevalier errant) – Kate Aldrich (La Fée Urgèle/Dame Gudule) – Thomas Dolié (Le Roi) – Matthieu Lécroart (Barnabé) – Clémence Tilquin (Jacotte/Le Page/La Fée Primevère) – Adrien Fournaison (Éloi/Le Grand Sénéchal)

Chœur National Hongrois, Orchestre de la Philharmonie Nationale Hongroise, dir. György Vashegyi

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