Théâtre antique, 4 juillet
Ce devait être l’un des grands rendez-vous lyriques de l’été. Seul opéra à l’affiche des Chorégies d’Orange, La traviata promettait de réunir Jessica Pratt et Javier Camarena. La défection du couple vedette, au terme de répétitions éprouvantes sous l’effet d’un mistral tenace, a propulsé dans l’urgence Claudia Pavone et Julien Behr sur cette scène redoutable.
Formée auprès de Riccardo Muti, l’Italienne compose une Violetta scéniquement convaincante, quoique le premier acte laisse une impression d’inabouti, le chant restant contenu et les vocalises tardant à prendre leur essor. Il faut attendre le III pour que l’héroïne acquière toute son épaisseur tragique et épouse une expression plus libre. Face à elle, Julien Behr peine à s’affirmer, projection insuffisante dans l’immensité du Théâtre antique, où les aigus perdent de leur impact. La qualité de sa diction et un engagement sincère compensent, sans dissiper le doute sur l’adéquation de la voix au rôle.
Ludovic Tézier devient le centre de gravité de la représentation. Son Germont domine par la seule autorité du verbe, l’aisance de la ligne et la noblesse du phrasé, chaque inflexion porte le sens et chaque accent restitue au drame sa tension intérieure. Les rôles secondaires sont honorablement défendus, tandis que le Chœur de l’Opéra de Lyon assure l’essentiel avec un relief inégal.
Dans la fosse, l’Orchestre Philharmonique de Marseille trouve en Paolo Arrivabeni un guide sûr. Réputé pour l’acuité de son Verdi, le maestro met son expérience au service du plateau plutôt que de forcer l’intensité. Tempi mesurés et soin des équilibres dessinent une direction protectrice, d’un classicisme assumé, même si certaines pages manquent de nerf.
La mise en espace de Vanessa d’Ayral de Sérignac, sans fièvre ni imaginaire, achève de priver la soirée d’ampleur dramatique. Malgré un Germont magistral, une phalange ductile et une battue bienveillante, cette Traviata ne dépasse pas une exécution consciencieuse. La promesse initiale n’aura, en définitive, jamais été tenue.
CYRIL MAZIN
Claudia Pavone (Violetta Valéry)
Éléonore Pancrazi (Flora Bervoix)
Valentine Lemercier (Annina)
Julien Behr (Alfredo Germont)
Ludovic Tézier (Giorgio Germont)
Christophe Berry (Gastone, visconte de Letorières)
Matthieu Lécroart (Barone Douphol)
Yoann Dubruque (Marchese d’Obigny)
Thomas Dear (Dottore Grenvil)
Paolo Arrivabeni (dm)
Vanessa d’Ayral de Sérignac (me)
Vincent Cussey (l)
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