Opéras Così fan tutte à Salzbourg
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Così fan tutte à Salzbourg

27/08/2026
Lea Desandre, Victoria Karkacheva, Bogdan Volkov, Elsa Dreisig, Andrè Schuen et Johannes Martin Kränzle. © Salzburger Festspiele/Monika Rittershaus

Großes Festspielhaus, 11 août

En 2020, en plein Covid, le Così très abrégé de Christof Loy était l’un des rares spectacles conservés de l’été des festivals (voir O. M. n° 165 p. 56). De la reprise complétée de 2026, on pouvait d’abord attendre le simple rétablissement des parties manquantes. Ce fut beaucoup plus que cela : la pleine et véritable révélation du parti pris fort et singulier du metteur en scène, concentrant toute l’œuvre sur le drame intime des personnages, pour livrer à nu, et jeter impitoyablement à la face du public, par le large escalier descendant de la scène vers la salle, le drame intime souvent bouleversant des cœurs meurtris, à l’écart de tout pittoresque et sans concession superflue au comique. Même si le chocolat de Despina, la pierre de Mesmer ou le travestissement de l’élégant notaire sont bien là, et continuent de faire rire… Le noir et blanc dominant dans l’intemporalité des costumes, la réduction drastique des accessoires, le jeu d’acteur étonnamment serré, la beauté du décor dépouillé à l’extrême de Johannes Leiacker, éclairé audacieusement blanc sur blanc par Olaf Winter, font maintenant leur plein effet.

La distribution, reconduite pour la plus grande partie, peut y déployer alors un engagement atteignant parfois même jusqu’au poignant, si possible encore en progrès par rapport à 2020 : pour le Guglielmo dont la voix a mûri et s’est élargie d’Andrè Schuen ; pour l’approfondissement dans la nuance et les divins phrasés du Ferrando de Bogdan Volkov dans « Un’aura amorosa », avec pour pivot de l’œuvre son pathétique « Tradito, schernito » du II, bien rétabli ; pour le personnage admirablement nuancé de l’Alfonso de Johannes Martin Kränzle, indulgent et sensible à son tour à la séduction des femmes. Pour le déploiement, cette fois dans toute sa présence pétillante et sa virtuosité, de la Despina de plein droit de Lea Desandre. Comme la bouleversante Fiordiligi d’Elsa Dreisig, dont le rôle est l’un des fleurons, avec un « Come scoglio » véritablement d’anthologie. Succédant à Marianne Crebassa, la Russe Victoria Karkacheva ne la fait pas totalement oublier, mais l’actrice est elle aussi de première force, et son timbre corsé impose brillamment le personnage.

Le Così de 2020 avait lancé Joana Mallwitz : celui de 2026 en développe les fruits magnifiques, avec un Philharmonique de Vienne dans ces occasions évidemment insurpassable. Peut-être le plus parfait Così vu et entendu en ces lieux, salué à juste titre par les ovations de la salle. Et toute la perfection d’un classique qu’on souhaite voir à son tour immortalisé.

FRANÇOIS LEHEL

Elsa Dreisig (Fiordiligi)
Victoria Karkacheva (Dorabella)
Andrè Schuen (Guglielmo)
Bogdan Volkov (Ferrando)
Lea Desandre (Despina)
Johannes Martin Kränzle (Don Alfonso)
Joana Mallwitz (dm)
Christof Loy (ms)
Johannes Leiacker (d)
Barbara Drosihn (c)
Olaf Winter (l)

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