1 DVD Naxos 2.110781 & 1 Blu-ray NBD0190V 

« Quelle est l’utilité de s’attaquer à un «grand opéra» si c’est pour en ridiculiser les codes ? ». Nous pourrions reprendre à notre compte le jugement sévère que Richard Martet portait sur la production de La Juive présentée à Genève en septembre 2022 (voir O. M. n° 187 p. 39). Deux ans plus tard, à Francfort, l’approche de Tatjana Gürbaca est, semble-t-il, plus iconoclaste encore que celle de David Alden. Elle est même, du début jusqu’à la fin, un contresens permanent qui va jusqu’à nuire à l’intégrité artistique de l’opéra d’Halévy. Qu’attendre d’un cadre impersonnel qui pourrait convenir à n’importe quel ouvrage d’hier ou d’aujourd’hui ? Sommes-nous au cirque avec ces costumes grotesques qui ridiculisent les choristes et les solistes ? Que dire de la direction d’acteurs qui n’en fait que des fantoches ? Sans être résolument conservateur, il nous semble qu’un récit, quel qu’il soit, traitant de problèmes aussi graves que l’opposition entre juifs et chrétiens, appelle une lecture, voire une relecture moins désinvolte. La distribution dans son ensemble méritait certainement mieux.

À la tête de l’orchestre, Henrik Nánási refuse avec raison d’ajouter à cette musique un clinquant qu’elle ne possède pas toujours. On le sent attentif à en souligner les nuances, en particulier lors des nombreux duos et airs séparés. Reprenant un rôle qu’il avait déjà tenu à Genève, John Osborn s’inscrit de toute évidence dans la lignée -d’Alphonse Nourrit, le premier Éléazar, et non dans celle de ténors hurleurs qui sont venus parfois après lui. On en veut pour preuve cet air si célèbre, « Rachel, quand du Seigneur » où, avec une ligne vocale impeccable et une émotion palpable, il sait si bien exprimer le désarroi de l’orfèvre juif.

Même ridiculisée par ses accoutrements, Ambur Braid parvient elle aussi à se montrer aussi juste qu’émouvante. A-t-elle exactement le profil vocal que l’on prête à Cornélie Falcon, qui fut à la création une Rachel encensée par tous ? On peut en douter parfois, mais n’est-ce pas une fois encore la faute du jeu qu’on lui impose tout au long d’une telle mascarade ? Justement acclamée après son intervention au début du troisième acte, Monika Buczkowska apporte à Eudoxie un chant aussi raffiné que virtuose. Bien banals en revanche sont Gerard Schneider et Simon Lim, qui peinent à donner quelque relief à des personnages qui leur demeurent à tous égards étrangers.

Venant après l’intégrale audio dirigée, il y a quarante ans déjà, par Antonio de Almeida (3 CD Philips) et la vidéo parue en 2004, avec Neil Shicoff et Krassimira Stoyanova dans les deux principaux rôles (2 DVD Deutsche Grammophon), ce nouvel enregistrement, dont il y avait beaucoup à attendre, laisse une impression bien mitigée. Par la faute surtout d’une mise en scène inappropriée. Dommage !

PIERRE CADARS

1 DVD 38063 Dynamic & 1 Blu-ray 58063

Ernesto Petti (Macbeth) – Michele Pertusi (Banquo) – Lidia Fridman (Lady Macbeth) – Luciano Ganci (Macduff) – David Astorga (Malcolm) – Natalia Gavrilan (La Comtesse) – Rocco Cavalluzzi (Un Médecin)
Coro del Teatro Regio di Parma, Filarmonica Arturo Toscanini, dir. Roberto Abbado. Mise en scène : Pierre Audi. Réalisation : Tiziano Mancini (16:9 ; stéréo : PCM 2.0 ; DTS-HD Master Audio 5.1)

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