
1 CD Signum Classics SIGCD986
Enregistré en novembre 2024 à Londres, ce CD est un portrait du castrat Nicolini (1673-1732), de son vrai nom Nicolò Grimaldi, surtout connu pour avoir été le créateur des rôles-titres de Rinaldo (1711) et Amadigi (1715) pour Haendel à Londres. Le titre de l’album, Divine Impresario, rend hommage à un artiste qui ne s’est pas contenté de briller par son seul chant, mais s’intéressait aussi à l’impact scénique et visuel de ses incarnations – son combat contre un lion dans l’Idaspe de Mancini avait en particulier fait sensation à Londres, tant pour son chant passionné que pour la performance physique du combat… et même pour le costume couleur chair qui le faisait paraître nu ! Il s’illustra également comme librettiste ou entrepreneur de spectacles.
S’intéressant à la dernière partie de la carrière du musico – quand son soprano d’origine s’était mué en un alto aigu –, entre 1709, son arrivée à Londres, et 1730, époque où il était revenu en Italie, le contre-ténor américain Randall Scotting a construit un copieux (78 minutes) et fort intéressant programme proposant, à côté des deux opus haendéliens bien connus, de nombreux inédits d’Ariosti, Gasparini et Mancini (qui côtoyaient Haendel à Londres) mais aussi de Porpora, Broschi (frère de Farinelli) et Giaj.
Les deux extraits de Rinaldo – curieusement chantés non dans le ton original pour Nicolini, mais dans la transposition un ton plus bas pour la reprise par Senesino en 1731 – sont sans doute les moins intéressants du disque, avec un « Cara sposa » sans tension et un « Venti turbini » aux vocalises parfois savonnées, desservis, il est vrai, par une direction musicale stylée mais manquant souvent de nerf et de caractère. Le reste met davantage en valeur une technique solide, avec un grave habilement mixé, une belle musicalité et un indéniable tempérament, à défaut d’un timbre réellement marquant.
On l’aura compris, l’intérêt de cette parution sera, plus que la performance d’un chanteur estimable, la rareté d’un programme où s’invite pour trois duos le joli soprano de Mary Bevan, et qui offre maintes découvertes, notamment pour deux Idaspe signés Mancini et Broschi. Un judicieux complément aux monographies déjà consacrées à ce chanteur mythique par les contre-ténors Dmitry Egorov et Carlo Vistoli.
THIERRY GUYENNE
CD Signum Classics SIGCD986
Broschi – Gasparini – Haendel – Porpora – Mancini – Ariosti – Giaj
Mary Bevan (soprano)
The Academy of Ancient Music, dir. Laurence Cummings
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