
3 CD CPO 555 591-2
Quand Radamisto est donné à la Royal Academy of Music de Londres au printemps 1720, Haendel semble régner sans partage. L’arrivée, quelques mois plus tard, de Giovanni Bononcini, déjà célébré en Italie et à Vienne, vient toutefois rebattre les cartes. Soucieux de stimuler la concurrence et d’élargir leur public, les directeurs opposent sciemment les deux compositeurs. Faute de temps, Bononcini reprend Astarto, créé à Rome en 1715, qu’il remanie pour Londres : le succès est immédiat. On évoque jusqu’à trente représentations consécutives. Ce triomphe doit beaucoup à la présence de Senesino, futur favori du public londonien, dans le rôle de Clearco – le même chanteur que son rival saxon intégrera rapidement à ses productions suivantes. La rivalité artistique se cristallise ainsi entre Haendel et Bononcini, attisée par la politique concurrentielle de l’Académie et par l’arrivée du castrat, dont la présence marquera durablement la vie lyrique londonienne.
L’intrigue d’Astarto repose sur un jeu d’identités dissimulées : Elisa, reine de Tyr, aime sans le savoir celui qui est l’héritier légitime du trône, tandis que le héros ignore sa propre origine. Le librettiste Apostolo Zeno adapte la tragédie de Quinault (Astrate, roi de Tyr) en y ajoutant un couple secondaire et une fin heureuse conforme au goût italien. Souvent jugée plus modeste que celle de son illustre concurrent, la musique de Bononcini – écriture concise, orchestration resserrée, ornementation mesurée – séduit pourtant par une tendresse immédiate et un pathos concentré, pleinement révélés ici.
Dirigé par Stefano Montanari, l’Enea Barock Orchestra livre de l’ouvrage une lecture éclatante et théâtrale, captée en public à Innsbruck en 2022. Cordes incisives, continuo d’une remarquable réactivité et palette instrumentale finement caractérisée épaulent une distribution très investie : Dara Savinova campe une Elisa souveraine et nuancée, Francesca Ascioti impose un Clearco magnétique quoique d’une vélocité parfois prudente. Ana Maria Labin exalte la virtuosité d’Agenore, tandis que Theodora Raftis et Paola Valentina Molinari apportent à Sidonia et Nino une grâce délicieuse. Luigi De Donato, enfin, confère à Fenicio une autorité notable. Belle découverte, ce premier enregistrement intégral d’un opéra de Bononcini s’affirme comme un jalon significatif de l’histoire de l’opéra italien à Londres.
CYRIL MAZIN
3 CD CPO 555 591-2
Dara Savinova (Elisa) – Francesca Ascioti (Clearco) – Theodora Raftis (Sidonia) – Paola Valentina Molinari (Nino) – Ana Maria Labin (Agenore) – Luigi De Donato (Fenicio)
Enea Barock Orchestra, dir. Stefano Montanari
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