Château de Castelnau-Bretenoux, 31 juillet
Monter Fidelio sans orchestre ni chœur peut sembler un pari risqué. C’est celui qu’a fait Saint-Céré pour sa 46e édition, en accueillant la création de cette production du Théâtre Impérial – Opéra de Compiègne où elle sera reprise en janvier 2027. Partant d’un arrangement d’époque pour harmonie de Wenzel Sedlák, Gabriel Pidoux a élaboré une « nouvelle » partition pour son ensemble, Le Chapitre, réunissant hautbois, bassons, clarinettes, cors par deux et une contrebasse, où il dit lui-même ne plus trop bien distinguer ce qui est de son cru et ce qui vient de l’original. Si l’intime y domine sur le spectaculaire, la transcription s’adapte plutôt bien à un opéra où les vents ont déjà une place importante. Les grands ensembles y perdent évidemment de leur puissance (singulièrement le finale) et les passages purement orchestraux, telle la célèbre Ouverture, n’ont plus tout à fait la dimension épique, cette tension et cette énergie qui caractérisent Fidelio.
Parmi les réussites, on citera le chœur des prisonniers « instrumental » où la seule basse de Romain Dayez apporte la touche vocale sans quoi le propos resterait peut-être lettre morte. L’Adagio emprunté au Trio op. 87 apporte une touche méditative et poétique très prenante entre les deux actes. La seule vraie limite de cette adaptation se fait sentir dans certains airs où les voix à nu semblent manquer d’un soutien, tel celui de Leonore au premier acte ou celui, de fureur, de Pizarro, où le seul Yoann Le Lan assume le commentaire du groupe des soldats.
Au plan visuel, la mise en scène de Pauline Laidet trouve un cadre idéal dans la cour de l’imposant château de Castelnau-Bretenoux, dont le donjon sert de support à la projection des surtitres. Le dispositif scénique – une complexe construction métallique de grilles, de portes, de poulies et d’échelles – recrée l’ambiance de cet univers de l’enfermement et de l’oppression. Les instrumentistes y figurent aussi les prisonniers et les costumes transposent l’action dans un univers résolument contemporain. Le jeu d’acteur pourrait être un peu moins faussement « réaliste » sans que l’opéra en souffre. Le passage d’une langue à l’autre, les dialogues étant en français dans un registre un peu trop moderne, accentue le côté conventionnel du jeu.
Margaux Poguet aborde l’écrasant rôle-titre avec toutes les ressources nécessaires, puissance et projection, longueur de voix d’un médium nourri à un aigu d’une grande clarté, mais un rien de tension aussi qui se traduit par un vibrato un peu trop appuyé et qui sans doute disparaîtrait avec un accompagnement plus enveloppant et plus confortable, et une acoustique moins exigeante. Thomas Bettinger possède certes le ténor central que réclame Florestan, mais l’attaque de son grand air le trouve un peu court côté messa di voce et il faut attendre la strette pour qu’il donne toute la mesure de ses capacités.
La tessiture de Rocco convient remarquablement à Jean-Vincent Blot, qui confère à son personnage toute l’humanité voulue, tandis que Christian Helmer, s’il possède la hargne et la noirceur de Pizarro, paraît un peu limité dans le grave. Avec un joli soprano plus corsé, Marie Lombard donne une personnalité très affirmée à Marzelline dans ses scènes du premier acte, où l’excellent Yoann Le Lan en Jaquino déploie un ténor lyrique très sûr et caractérise son personnage avec beaucoup de crédibilité. Enfin, Romain Dayez apporte son lot de noblesse à Don Fernando malgré un registre grave un peu faible. Paradoxalement, ce spectacle, créé en plein air, devrait prendre une dimension plus convaincante dans un théâtre fermé qui en valorisera le côté chambriste en lui offrant une présence supplémentaire.
ALFRED CARON
Romain Dayez (Don Fernando)
Christian Helmer (Don Pizarro)
Thomas Bettinger (Florestan)
Margaux Poguet (Leonore)
Jean-Vincent Blot (Rocco)
Marie Lombard (Marzelline)
Yoann Le Lan (Jaquino)
Gabriel Pidoux (dm)
Pauline Laidet (ms)
Antoine Franchet (dl)
Aude Desigaux, Irène Bernaud (c)
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