Opéras Un ballo in maschera à Florence
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Un ballo in maschera à Florence

28/05/2026
Antonio Poli et Bogdan Baciu dans Un ballo in maschera. © Michele Monasta

Teatro del Maggio Musicale Fiorentino, 17 mai

L’idée directrice de ce nouveau Ballo florentin consiste à transposer l’action dans l’Amérique des années Kennedy, en assimilant Riccardo à JFK. Sur le papier, le parallèle est plausible : même charisme politique, même popularité, même destin tragique. Valentina Carrasco suggère également, en filigrane, les ambiguïtés privées d’un homme de pouvoir entouré de femmes et volontiers séducteur. Pourtant, cette intuition reste au stade de la suggestion et n’aboutit jamais à une authentique relecture du drame verdien. Surtout, la production se heurte souvent au livret. Le cas le plus évident est celui d’Ulrica, transformée en une sorte de Martin Luther King prêchant la cause des Noirs américains. Le finale est aussi discutable : Riccardo n’est plus tué par Renato mais par un tireur armé d’un fusil, dans une évidente référence à l’assassinat de Kennedy. Là encore, la référence historique finit par prendre le pas sur la cohérence dramatique de l’œuvre. Au total, à l’exception de quelques idées visuellement suggestives, l’ensemble donne l’impression d’un spectacle qui force le rapprochement sans parvenir à l’intégrer organiquement à la dramaturgie. Il faut dire aussi que les qualités scéniques des chanteurs, globalement modestes, ne permettent guère de transcender les limites du dispositif.

Vocalement, la distribution se révèle toutefois solide, avec une mention particulière pour l’Ulrica de Ksenia Dudnikova : la voix, ample et sombre, possède un relief dramatique immédiat et impose une véritable présence. Chiara Isotton campe une Amelia à la voix ample et richement timbrée, malgré des pianissimi plus suggérés que réellement filés. En dépit d’un timbre peu séduisant, le Renato de Bogdan Baciu convainc par une émission solide et homogène, mais la caractérisation manque d’épaisseur. Même constat pour le Riccardo d’Antonio Poli : le chant est soigné et servi par une voix généreuse, mais le personnage peine à acquérir cette séduction aristocratique et cette ambiguïté fascinante qui font toute la singularité du rôle. L’Oscar de Lavinia Bini s’éloigne du traditionnel soprano léger : la voix, aujourd’hui plus mûre et charpentée, dessine un personnage plus féminin, en accord avec la vision scénique qui transforme le page en jeune secrétaire du président américain ; cette évolution vocale sacrifie un peu de brillance, mais apporte davantage de tempérament.

Le principal intérêt de cette série de représentations réside néanmoins dans les débuts lyriques d’Emmanuel Tjeknavorian – qui n’avait dirigé auparavant qu’une Fledermaus en version de concert. Le jeune Autrichien (31 ans), violoniste de formation et directeur musical de l’Orchestra Sinfonica di Milano depuis 2024, s’y est imposé comme une célébrité locale, en portant l’orchestre à un niveau de visibilité et de popularité rarement atteint. Très attendu pour cette première vraie confrontation avec la fosse d’opéra, il impressionne d’abord par sa maîtrise technique : l’orchestre du Maggio répond avec précision à une battue claire et très contrôlée. Cette lecture privilégie toutefois des tempi plutôt larges, ce qui prive certains épisodes de leur élan dramatique. On sent une approche symphonique, plus soucieuse de beauté sonore que de nerf théâtral. En revanche, plusieurs moments lyriques bénéficient d’un accompagnement remarquable : le grand air d’Amelia, puis le duo qui suit avec Riccardo, et aussi « Morrò, ma prima in grazia » trouvent sous cette direction une respiration ample et une réelle délicatesse orchestrale. Avec un chœur et des seconds rôles impeccables, ce Ballo convainc avant tout sur le plan musical.

PAOLO DI FELICE

Antonio Poli (Riccardo)
Bogdan Baciu (Renato)
Chiara Isotton (Amelia)
Ksenia Dudnikova (Ulrica)
Lavinia Bini (Oscar)
Janusz Nosek (Silvano)
Mattia Denti (Samuel)
Adriano Gramigni (Tom)
Emmanuel Tjeknavorian (dm)
Valentina Carrasco (ms)
Andrea Belli (d)
Silvia Aymonino (c)
Marco Filibeck (l)

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