Opéras Zar und Zimmermann à Berlin
Opéras

Zar und Zimmermann à Berlin

29/07/2026
Nadja Mchantaf, Nicole Piccolomini et Philipp Kapeller. © Thomas Aurin

Deutsche Oper, 25 juin

À la différence des répertoires français et italien, on trouve relativement peu de comédies dans l’opéra allemand du XIXe siècle. Il y a, notamment, Zar und Zimmermann, mais l’œuvre, autrefois régulièrement donnée dans nombre de théâtres outre-Rhin (et très rarement exportée hors d’Allemagne), s’est faite rare. Certains airs et passages (notamment la « Danse des sabots ») restent familiers pour les anciens, mais l’histoire (partagée avec Il borgomastro di Saardam de Donizetti) peut sembler très datée : le tsar Pierre le Grand se fait passer pour un ouvrier afin d’être embauché dans un chantier naval néerlandais sous le nom de Peter Michaelov, mais sera reconnu par un réfugié politique russe presque homonyme (Peter Ivanov), fiancé à la nièce du maire. Le monarque fait l’objet de pressions diverses pour rentrer au pays ou pour signer des traités avec des diplomates français ou anglais.

Face à un tel livret, le principe d’une actualisation n’a rien d’abusif. Pour la nouvelle production du Deutsche Oper, Martin G. Berger a complètement réécrit les dialogues : l’action est transposée aujourd’hui et Pierre/Michaelov est le tsar tout-puissant et aussi craint qu’adoré du Chirikistan, minuscule monarchie de style soviétique sise entre la Lettonie et la Russie et dont le blason arbore fièrement une licorne, un canoë et deux rames. Un désopilant film en IA permet de découvrir pendant l’Ouverture les exploits du sympathique tyran, qui évoque le mémorable Borat de Sacha Baron Cohen. Marie, la nièce du maire, est une activiste d’extrême gauche et Ivanov un amoureux plutôt flave.

Les décors se limitent à un plateau tournant avec escaliers et coursives pour placer les chœurs et, côté cour, un poste de commande où l’oncle de Pierre et un agent des services secrets tentent, souvent en vain, de contrôler la situation. Cela suffit à Berger pour développer une mise en scène hyperactive, avec des costumes joyeusement délirants et un second degré divertissant qui ne l’empêche pas de faire passer certains messages politiques sur des sujets d’actualité – censure, internet, terres rares, féminisme, impérialisme russe…

La partition de Lortzing propose quelques grands airs de caractère dont les principaux solistes s’acquittent avec aisance : si la palme de la soirée va à Nadja Mchantaf pour son aisance dans tous les registres et son expressivité, on saluera aussi l’Ivanov solide de Philipp Kapeller, le Van Bett truculent de Patrick Zielke et le Michaelov impeccable malgré les circonstances de Franz Xaver Schlecht, appelé à remplacer au pied levé et derrière un pupitre Artur Garbas qui, souffrant, se contente de l’incarnation scénique du personnage.

Il y a aussi dans l’œuvre des chœurs splendides et des moments quasi schubertiens, et l’on se réjouit d’avoir dans la fosse un Antonello Manacorda qui, tout en menant tambour battant la soirée, excelle aussi à mettre en évidence les charmes et les subtilités d’une musique bien plus riche que la caricature qu’on en fait parfois.

NICOLAS BLANMONT

Franz Xaver Schlecht/Artur Garbas (Pierre le Grand)
Philipp Kapeller (Peter Iwanow)
Patrick Zielke (Van Bett)
Nadja Mchantaf (Marie)
Jared Werlein (Lefort)
Padraic Rowan (Lord Syndham)
Nicole Piccolomini (Veuve Browe)
Kieran Carrel (Marquis von Chateauneuf)
Antonello Manacorda (dm)
Martin G. Berger (ms)
Sarah-Katharina Karl (d)
Esther Bialas (c)
Sascha Zauner (l)
Vincent Stefan (v)

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