Opéras Die Zauberflöte à Aix-en-Provence
Opéras

Die Zauberflöte à Aix-en-Provence

24/07/2026
Sabine Devieilhe. © Jean-Louis Fernandez

Théâtre de l’Archevêché, 13 juillet

Certains rendez-vous portent, dès leur annonce, le poids de l’exigence, et cette nouvelle Zauberflöte aixoise compte parmi ceux-là. Leonardo García-Alarcón en assure la direction musicale, Clément Cogitore la mise en scène – des retrouvailles après leurs Indes galantes de l’Opéra National de Paris (2019), qui avaient déjà profondément divisé. La déception n’en est que plus grande, tant rien ne laissait présager un tel écart entre l’attente et le résultat. L’Ouverture donne d’abord le change. Sous la baguette du chef argentin, la Cappella Mediterranea déploie une ardeur chatoyante, et l’on veut croire à une soirée à sa mesure. Pourtant, dès l’entrée des voix, de subtils décalages rythmiques compromettent la cohésion d’ensemble. Peu à peu, la tension se relâche, les attaques perdent leur mordant. La partition s’enlise alors dans une complaisance qui en gomme les reliefs, à peine trouée par quelques enluminures de pianoforte, plus proches de l’ornement que d’un impératif musical.

Cette érosion trouve sur scène un prolongement qui l’accentue. Fosse et plateau semblent bientôt gagnés par une même absence d’élan. Suivre Tamino et Pamina du premier âge jusqu’à la maturité, dans un monde d’après-guerre en quête de reconstruction, pouvait ouvrir une lecture originale du parcours initiatique. L’idée se réduit pourtant à un dispositif qui tourne à vide. Le dédoublement des protagonistes repose sur des enfants appelés à les incarner. Il installe un éloignement qui tient constamment les affects en marge. Quant au passage par l’adolescence, il relève moins d’une nécessité que d’un simple procédé.

À cette sécheresse s’ajoute une prolifération d’images, faite d’archives et de symboles superposés en un flux ininterrompu de projections. Quelques trouvailles frappent juste, comme cette apparition du jeune visage de Pamina sur un drap, mais elles se dissolvent dans une accumulation qui désoriente les sens. Cet excès visuel, loin d’éclairer le récit, contribue à l’obscurcir. La comparaison avec les précédentes productions de William Kentridge (2009) et Simon McBurney (2014) met en lumière l’absence d’une conduite du regard capable de hiérarchiser les visions.

La distribution peine, elle aussi, à redonner du souffle. Mauro Peter incarne un Tamino au chant inégal, tandis que Ying Fang, en Pamina, offre une ligne vocale parfaite, mais sans grand abandon. Brindley Sherratt confère à Sarastro une autorité réelle, malgré une assise vocale souvent vacillante, quand Edwin Crossley-Mercer campe un Sprecher solide. Rodolphe Briand et Emma Fekete restent quelconques en Monostatos et Papagena, le trio des Dames ne séduit pas davantage. Sabine Devieilhe demeure, en Reine de la Nuit, une artiste remarquable, mais virtuosité et éclat semblent ici bridés. Cette impression conduit une nouvelle fois à s’interroger sur le choix récurrent d’une voix aussi légère pour ce rôle. Certes, la lecture d’une mère blessée introduit une nuance bienvenue, mais elle atténue aussi la nature atrabilaire du personnage.

Le Chœur de Chambre de Namur se montre irréprochable sur le plan technique, sans renouer avec la densité expressive qui lui est coutumière, tandis que les trois Knaben s’acquittent de leur office avec un sérieux appliqué. Papageno trouve heureusement, en Sean Michael Plumb, un interprète d’un naturel rare, porté par la franchise de l’émission, la sûreté de l’instinct comique et une présence physique immédiate. Il fait figure d’exception presque inespérée au sein de ce spectacle atone, où le concept en vient à occulter ce qui fonde le théâtre lyrique, cette vie qui s’invente sous nos yeux au moment même où elle se joue.

CYRIL MAZIN

Brindley Sherratt (Sarastro)
Mauro Peter (Tamino)
Edwin Crossley-Mercer (Sprecher)
Sabine Devieilhe (Königin der Nacht)
Ying Fang (Pamina)
Alix Le Saux (Erste Dame)
Ashley Dixon (Zweite Dame)
Adriana Bignagni Lesca (Dritte Dame)
Sean Michael Plumb (Papageno)
Emma Fekete (Papagena)
Rodolphe Briand (Monostatos)
Leonardo García-Alarcón (dm)
Clément Cogitore (ms)
Alban Ho Van (s)
Wojciech Dziedzic (c)
Sylvain Verdet (l)
Evelin Facchini (ch)

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