Concerts et récitals Cristo condannato à Peralada
Concerts et récitals

Cristo condannato à Peralada

18/04/2026
Montserrat Seró, Maite Beaumont, Ana Quintans, Dani Espasa, Josep-Ramon Olivé et Nicolas Brooymans. © Miquel González – Shooting

Esglesia del Carme, 2 avril

Créé à Vienne en 1717, Cristo condannato s’inscrit dans les premières années du séjour autrichien d’Antonio Caldara (1670-1736), récemment nommé vice-maître de chapelle auprès de Charles VI. Dans le cadre solennel de la Semaine sainte, l’oratorio italien s’affirme comme vecteur privilégié de la méditation musicale, prolongeant l’héritage romain de Philippe Néri. Privé de toute mise en scène, le genre concentre ici ses moyens sur l’essentiel : force du verbe, intensité du propos, et une écriture portée par la pulsation conjointe du continuo et des cordes.

Que l’ouvrage se substitue à une composition de Johann Joseph Fux (1660-1741), maître de chapelle en titre, ne relève pas de l’anecdote : il consacre un musicien dont la trajectoire, de Venise à Barcelone, a façonné une sensibilité singulière. Chez Caldara, la dévotion épouse les inflexions du théâtre, et l’oratorio devient l’espace où le propos méditatif se charge d’une éloquence presque scénique.

Le livret de Pietro Pariati (1665-1733) ne construit pas un récit mais une méditation tendue autour du procès du Christ. Pilato, figure d’autorité vacillante, en est le centre de gravité, entouré d’instances contrastées : Il Sacro Testo, voix distanciée du commentaire ; L’Anima Compunta, conscience tournée vers la rédemption ; Moglie di Pilato, suppliante et prophétique ; le Capo del Popolo, incarnation d’une vindicte collective. C’est dans cette tension dramatique que s’inscrit la Sinfonia d’ouverture, dont la noble gravité installe d’emblée le climat spirituel de l’œuvre.

Les sopranos Ana Quintans et Montserrat Seró s’imposent chacune à leur manière : la première par une ligne d’une pureté exemplaire, alliant précision stylistique et sens aigu de la déclamation, la seconde par un beau timbre dense, presque charnel. À leurs côtés, la mezzo-soprano Maite Beaumont assure un contrepoint sonore équilibré quoiqu’un peu distant, tandis que la basse Nicolas Brooymans et le baryton Josep-Ramon Olivé défendent leur partie avec sérieux, sans dépasser une certaine uniformité d’expression. Le chœur, d’une belle cohésion, tour à tour foule pressante et regard angélique, éclaire les points de bascule jusqu’au finale, d’une intensité touchante.

Par la souplesse du chant, la finesse des chromatismes et la limpidité de l’écriture, Caldara déploie une partition où la beauté n’exclut ni la gravité ni le doute. Sous la direction sensible de Dani Espasa, l’ensemble Vespres d’Arnadí lui rend toute son ampleur.

CYRIL MAZIN

Ana Quintans (Anima Compunta)
Nicolas Brooymans (Pilato)
Maite Beaumont (Sacro Testo)
Josep-Ramon Olivé (Capo del Popolo)
Montserrat Seró (Moglie di Pilato)
Dani Espasa (dm)

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