Badisches Staatstheater, 29 mai
Très peu de productions d’A Midsummer Night’s Dream en Europe sur le dernier quart de siècle, et l’on peut se demander pourquoi, au vu de la réussite exceptionnelle de cette mise en musique par Benjamin Britten de l’une des plus alertes comédies de Shakespeare. Ici, tout coule de source : la perfection de l’écriture pour un petit orchestre d’une trentaine de musiciens, qui trace autour des voix de fines et légères arabesques d’une constante poésie, la multiplicité des styles entremêlés, du grand air virtuose pour les souverains du monde des fées à la comédie (une savoureuse parodie d’opéra italien pour la pièce jouée par les rustres), en passant par les multiples duos et ensembles des deux couples d’amoureux que la malice d’Oberon et de Puck contraint à un chassé-croisé fertile en rebondissements… Autant d’ingrédients pour une soirée de pur plaisir, et pourtant l’ouvrage reste une rareté, comme si le triomphe de la production de Robert Carsen créée à Aix-en-Provence en 1991, tant de fois reprise ensuite en France et ailleurs, avait définitivement clos le sujet. Bien peu de tentatives depuis : Laurent Pelly, Damiano Michieletto, Ted Huffman… mises en scène au moins intéressantes pour cet ouvrage somme toute inratable, mais rien qui ait marqué durablement.
À Karlsruhe, le choix de notre compatriote François de Carpentries s’avère particulièrement heureux : un metteur en scène expérimenté, surtout connu pour ses aptitudes à un théâtre de comédie léger et plaisant, avec la bonne dose d’« entertainment ». Ici, c’est exactement ce qu’il nous faut : des personnages vifs, des caractérisations sans lourdeur, une bonne gestion des talents très divers d’une troupe permanente relativement cosmopolite, pour un spectacle sans temps mort. Le dispositif scénique, dépouillé, rudimentaire même (quelques praticables et accessoires), vit beaucoup grâce à de multiples projections vidéo créées à partir de motifs d’enluminures, et à de superbes costumes, d’un style souvent élisabéthain mais pas seulement. Peut-être un peu trop de netteté dans l’imagerie à déplorer, là où un peu de flou poétique, voire d’arrière-plans supplémentaires, ne nuirait pas, déficit cependant bien compensé par une agréable franchise naïve, voire un regard délicieusement tendre et émerveillé porté sur la pièce. Même le personnage grotesque de Bottom transformé en âne en devient émouvant.
Plus de mystère dans la fosse, où Georg Fritzsch organise à merveille les différents plans sonores d’une écriture de solistes instrumentaux davantage que d’orchestre au sens conventionnel du mot. Et superbe prestation d’ensemble de la troupe de Karlsruhe, où l’on relève particulièrement le Bottom attachant du baryton turc Oğulcan Yılmaz, mais aussi l’agile Tytania de Martha Eason et un joli quatuor d’amoureux. Seuls invités, l’extraordinaire Puck d’Edward Lee, chanteur d’opéra pourtant, mais d’une agilité physique constante et d’une remarquable intelligibilité dans ce rôle parlé, et le non moins fascinant contre-ténor israélien Lidor Mesika, Oberon idéal d’ambiguïté immatérielle, qui nous emmène très haut dans le monde des fées.
LAURENT BARTHEL
Lidor Mesika (Oberon)
Martha Eason (Tytania)
Edward Lee (Puck)
Don Lee (Theseus)
Melanie Lang (Hippolyta)
Brett Sprague (Lysander)
Tomohiro Takada (Demetrius)
Marie-Sophie Janke (Hermia)
Ina Schlingensiepen (Helena)
Oğulcan Yılmaz (Bottom)
Liangliang Zhao (Quince)
Klaus Schneider (Flute)
Daniel Pastewski (Snug)
Lars Tappert (Snout)
David Severin (Starveling)
Georg Fritzsch (dm)
François de Carpentries (ms)
Karine Van Hercke (dc)
Stefan Woinke (l)
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