Théâtre des Champs-Élysées, 7 juin
Aussi étrange que cela paraisse, Magdalena Kožená n’avait avant cette tournée de concerts encore jamais chanté en entier le rôle d’Ariodante. Sans doute est-ce un peu tard pour la mezzo tchèque qui, voici trois ans, a pu dessiner une Alcina originale, mais dont les moyens actuels sont mis à rude épreuve par ce rôle taillé pour le castrat Carestini. Elle parvient néanmoins à joliment détailler l’entrée émerveillée de « Qui d’amor » et, les deux « tubes », souvent fréquentés en récital comme au disque (avec Marcon justement), lui permettent d’habiter avec justesse le désespoir de « Scherza infida » – malgré une reprise aux variations scabreuses – comme la jubilation triomphale de « Dopo notte ». Mais l’instrument manque de centre pour « Cieca notte » – d’autant que des variations encore très élaborées sollicitent ses registres jusqu’à la rupture – et la vocalise athlétique de « Con l’ali di costanza » la dépasse pour la longueur de souffle et la complexité du schéma mélodique.
Reste une performance sincère et attachante, qui souffre cependant du voisinage avec sa rayonnante Ginevra : Erika Baikoff se joue du tourbillonnant « Volate, amori » pour mieux nous plonger dans les affres de « Mi palpita il core » et du tragique « Il mio crudel martoro ». La Dalinda de Shira Patchornik compense un instrument étroit et monochrome par son abattage, emportant la mise avec un flamboyant « Neghittosi or voi che fate? ». Bien connu, le Polinesso de Christophe Dumaux convainc toujours par la lascivité un rien décalée de l’incarnation, avec un timbre dense et des vocalises crépitantes. Enfin, aux côtés du Roi d’un beau mélange d’autorité et d’humanité de José Antonio López, Emiliano Gonzalez Toro est un ardent Lurcanio (et même, pour quelques récitatifs, Odoardo) à la colorature hardie.
Maître d’œuvre aussi compétent que diligent, Andrea Marcon frappe dès l’Ouverture par une direction au tactus ferme mais souple, rendant avec évidence les moindres variations d’affects de chanteurs qu’il couve de l’œil et du geste.
THIERRY GUYENNE
José Antonio López (Il Re di Scozia)
Erika Baikoff (Ginevra)
Magdalena Kožená (Ariodante)
Emiliano Gonzalez Toro (Lurcanio, Odoardo)
Christophe Dumaux (Polinesso)
Shira Patchornik (Dalinda)
Andrea Marcon (dm)
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