
1 CD Decca 487 0691
Le Metropolitan Opera de New York n’accueille que très exceptionnellement des récitals avec piano, peu adaptés, il est vrai, à ses dimensions. Ce concert du 14 septembre 2023 était donc un insigne honneur pour Lise Davidsen, l’une de ces très grandes voix dont ce théâtre raffole. Deux ans et demi plus tard (!) paraît ce CD capté lors de l’événement, n’offrant malheureusement qu’une très lointaine idée de cette soirée à l’ambiance apparemment survoltée, car Decca en a littéralement charcuté le copieux programme, qui mêlait mélodies et airs d’opéra, d’opérette et de comédie musicale. Les six Grieg qui l’ouvraient ont disparu, au prétexte sans doute qu’ils figurent déjà sur l’album studio de la soprano norvégienne consacré à son compatriote.
Le disque commence, très absurdement, par un rappel (le « Vissi d’arte » de Tosca) ! Parmi les autres airs d’opéra, deux (Otello, La Dame de Pique) sont passés à la trappe, et « Dich teure Halle » de Tannhäuser est déplacé dans les « encore ». Côté Lieder, manque Cäcilie de Strauss, inexplicablement car c’est l’un de ceux où on l’attendrait le plus. Ainsi réduit à 53 minutes, le programme ne ressemble à rien, en tout cas pas à ce qu’offraient ce soir-là Lise Davidsen et le pianiste James Baillieu. Scandaleux mépris, chez l’éditeur, de ce qu’est un récital, dans son agencement conçu par les artistes.
Qu’entend-on dans ce qui subsiste ? Une voix d’exception certes, cela va même sans dire, surtout par l’ampleur – parfois presque disproportionnée – de certains sons (les aigus fulgurants à la fin de l’air de la Csárdásfürstin de Kálmán ou même de My Fair Lady !). Mais le vibrato, constamment très présent, lasse vite l’oreille, nuisant à l’intonation comme à la tenue de la ligne, et le timbre se fait par endroits excessivement métallique. Cependant, si la chanteuse n’est pas une grande récitaliste, c’est surtout par son peu d’intérêt pour le texte – elle renonce d’ailleurs volontiers à articuler dans les climax. L’italien (très tubé dans l’air d’Amelia) et l’allemand ne sont ni très bien prononcés, ni surtout évocateurs – carence rédhibitoire dans les Lieder, tout particulièrement Schubert.
James Baillieu se montre comme d’habitude consciencieux mais peu marquant, les réductions d’orchestre le montrant particulièrement à court d’idées. Font exception, pour les deux interprètes, les quatre Sibelius (en suédois), où soudain le discours s’anime, pour culminer dans le dramatique Svarta rosor, dont les grands éclats électrisent le public.
THIERRY GUYENNE
1 CD Decca 487 0691
Puccini – Verdi – R. Strauss – Schubert – Sibelius – Kálmán – Loewe – Wagner – Grieg
James Baillieu (piano)
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