
13 CD Delos DE 3624
Fabio Luisi avait déjà enregistré en vidéo (2011-2012) les deux derniers volets du Ring du Met, où il succédait à James Levine (voir O. M. n° 79 p. 84), avant cette version de concert intégrale donnée à Dallas en mai puis octobre 2024, avec l’orchestre local dont il est directeur musical depuis octobre 2020. Dans une superbe prise de son, sans bruit de salle, c’est de fait l’orchestre (et son chœur parfait) la première et très brillante vedette. Le chef italien est un peu inégal, manquant parfois de poids ou de tension, mais dans l’ensemble, et en se référant aux meilleurs modèles, le plus souvent très performant.
Du plateau, avec des noms moins connus, on voudrait savoir plus, faute de biographies pourtant annoncées dans la plaquette. On ne manquera en tout cas à aucun prix deux des principaux. Et avant tout l’éblouissante Sieglinde de Sara Jakubiak, qui nous avait déjà enthousiasmé en vidéo dans Francesca da Rimini, Das Wunder der Heliane et, en dernier lieu, sur scène et en DVD, avec sa Katerina de La Passion grecque (voir O. M. n° 207 p. 83) : d’un engagement d’emblée saisissant, aigus transcendants, justesse des phrasés et expressivité de tout premier ordre. Michael Laurenz donne un Mime étincelant, délié et mordant à souhait, qui rejoint les tout meilleurs titulaires du rôle.
On appréciera aussi le beau Siegmund de Christopher Ventris, presque seul à sauver le Ring, à tous égards inférieur, de Thielemann à Vienne en 2011 (voir O. M. n° 92 p. 78), le Hunding classique de Stephen Milling et encore sa basse profonde monumentale et très impressionnante pour Hagen, et l’agile et intelligent Loge du Slovaque Štefan Margita.
La Fricka de timbre chaud et moiré de la mezzo germano-turque Deniz Uzun (également émouvante Waltraute) est une découverte pour nous, comme encore le Wotan de Mark Delavan, baryton-basse américain déjà présent dans le Ring de San Francisco en 2011 (voir O. M. n° 65 p. 72), qui gagne progressivement en assurance, pour de beaux monologues dans Die Walküre. Le Siegfried de Daniel Johansson surprend d’abord par sa maturité, plus que par le lyrisme de la jeunesse impétueuse et lumineuse qu’on attendrait, mais la prestation est jusqu’au bout sans défaillance. Avec d’excellentes Filles du Rhin, aux timbres bien accordés, comme ceux de parfaites Nornes, des Géants moins marquants mais irréprochables, ce serait donc un sans-faute, n’étaient quelques bémols.
Moins pour le Gunther, qui s’efforce un peu laborieusement à la virilité, du vétéran Roman Trekel, ou la jolie Gutrune un peu trop appliquée de Kathryn Henry, que pour l’Alberich de Tómas Tómasson, wagnérien notoire mais aujourd’hui fatigué. Et surtout la Brünnhilde un peu trop légère de Lise Lindstrom. Malgré l’ardeur de son engagement, notamment dans une « Immolation » déchirante et déchirée, manquent les moyens spécifiques du rôle, avec des graves et un médium limités qui handicapent son « Annonce de la mort », comme malheureusement toute cette fin, où la voix bouge aussi un peu trop. Dommage pour un enregistrement dont les meilleurs éléments, qui sont nombreux, permettent de l’ajouter légitimement à la discographie.
FRANÇOIS LEHEL
13 CD Delos DE 3624
Mark Delavan (Wotan/Der Wanderer) – Hunter Enoch (Donner) – Jamez McCorkle (Froh) – Štefan Margita (Loge) – Tómas Tómasson (Alberich) – Michael Laurenz (Mime) – Liang Li (Fasolt) – Andrew Harris (Fafner) – Stephen Milling (Hunding, Hagen) – Christopher Ventris (Siegmund) – Daniel Johansson (Siegfried) – Deniz Uzun (Fricka, Waltraute) – Laura Wilde (Freia) – Kathryn Henry (Gutrune, Dritte Norn) – Tamara Mumford (Erda, Erste Norn) – Valentina Farcas (Woglinde, Waldvogel) – Kimberly Gratland James (Wellgunde) – Renée Tatum (Flosshilde) – Sara Jakubiak (Sieglinde) – Lise Lindstrom (Brünnhilde) – Jennifer Johnson Cano (Zweite Norn) – Roman Trekel (Gunther)
Dallas Symphony Chorus, Dallas Symphony Orchestra, dir. Fabio Luisi
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