
2 CD EuroArts 2011175
Au sein d’une discographie pléthorique, cette Lucia di Lammermoor gravée en août 2024 au Teatro Sangiorgi de Catane, à une époque où les intégrales studio d’opéras sont devenues si rares, vaut principalement pour son rôle-titre, tenu par Lisette Oropesa, l’une des titulaires actuelles les plus remarquables. Dans cette version philologique exempte des coupures habituelles, et sous la direction passionnée et attentionnée de Fabrizio Maria Carminati à la tête d’un Orchestre et de Chœurs du Teatro Massimo Bellini de Catane de bonne tenue, la soprano américaine ne déçoit pas.
Sa voix d’essence plutôt légère, mais sombre de couleur et au médium inhabituellement corsé pour cette catégorie vocale – avec même quelques irisations alla Callas bienvenues – montre une impressionnante maîtrise belcantiste : vocalises précises et déliées, trilles d’école, suraigus sûrs, voire parfois triomphaux (ce mi bémol incroyablement long couronnant une magnifique scène de la folie !), et chant constamment sur le souffle permettant longs phrasés, pianissimi enchanteurs et subtiles gradations dynamiques. Un arsenal technique complet qui, loin de tourner à la démonstration, est toujours relié à une évidence expressive et émotionnelle. On admire aussi la clarté d’un italien constamment habité, un art du portamento d’un goût rare, et une belle imagination dans les ornements, variations et cadences, en particulier pour celle, très originale et fort développée, insérée au milieu de la folie, décidément le sommet du coffret, malgré l’utilisation d’une flûte solo à la sonorité plus ordinaire que celle de l’harmonica de verre prévu.
Le reste du plateau est moins exceptionnel. Ştefan Pop a pour lui une belle et très bonne voix, à l’aigu éclatant (mais sans contre mi bémol à la fin du duo avec Lucia, remplacé par une banale montée au la à l’unisson), une diction mordante (on sent que Pavarotti est un modèle) et une certaine ardeur de l’accent. Dommage qu’avec pareils moyens son Edgardo soit si convenu, avec une ligne encombrée d’à-coups ou de soudains détimbrages. Bonne voix aussi, Mattia Olivieri ne compose pas non plus un Enrico très subtil, jouant un peu au méchant d’opéra. À l’inverse, à côté de comprimari oscillant entre le correct (Arturo) et le médiocre (Alisa), Riccardo Zanellato, sans disposer d’une basse somptueuse, détaille son Raimondo avec une musicalité scrupuleuse.
THIERRY GUYENNE
2 CD EuroArts 2011175
Mattia Olivieri (Lord Enrico Ashton) – Lisette Oropesa (Miss Lucia) – Ştefan Pop (Sir Edgardo di Ravenswood) – Didier Pieri (Lord Arturo Bucklaw) – Riccardo Zanellato (Raimondo Bidebent) – Irene Savignano (Alisa) – Dean Power (Normanno)
Coro & Orchestra del Teatro Massimo Bellini di Catania, dir. Fabrizio Maria Carminati
.