
2 CD Naxos 8.660586-87
Angela Vallone (Livia) – Bianca Tognocchi (Madama Brillante) – Theo Lebow (Sumers) – Iurii Samoilov (Milord Arespingh) – Gordon Bintner (Don Polidoro)
Frankfurter Opern- und Museumsorchester, dir. Leo Hussain
Antérieure de quatorze ans au Matrimonio segreto, L’Italiana in Londra marque en 1778 l’éclosion d’un talent que Rome allait aussitôt s’arracher. Composé pour le modeste Teatro Valle dans le format de l’intermezzo – deux parties, une poignée de protagonistes, des moyens délibérément restreints –, l’ouvrage fit rapidement le tour de l’Europe. Cimarosa en livra une huitaine de semblables, corpus injustement méconnu, à mi-chemin du buffa et de la fantaisie de salon, où s’affirme tout ce que le style classique comptait de grâce légère avant que Mozart n’en révèle les profondeurs et que Rossini n’en libère les forces.
Le livret de Giuseppe Petrosellini joue des nationalités moins pour l’exotisme que pour affûter le trait comique : le Milord Arespingh engoncé dans sa morgue britannique, le placide Hollandais Sumers, le Napolitain Don Polidoro, dragueur impénitent. C’est dans ce microcosme que s’imposent la tenancière Madama Brillante et la piquante Livia, Génoise se prétendant Marseillaise.
Les cinq chanteurs de la distribution forment une équipe d’une cohésion remarquable, où le sens de la bouffonnerie le dispute à une réelle exigence musicale. Angela Vallone offre une Livia d’un lyrisme éclatant, et son duo avec Milord Arespingh au second acte, « Caro amico », est un moment de pur charme. Bianca Tognocchi assume avec une belle vaillance la truculence de Madama Brillante, dont la cavatine « Io voglio a Napoli con voi venire » révèle une fantaisie vocale bien tempérée. Gordon Bintner se taille la part du lion en Don Polidoro : bonhomie désarmante, abattage souverain, sens du phrasé jamais pris en défaut. Theo Lebow lui offre en Sumers une réplique de belle tenue – médium chaleureux et naturel, mis en valeur par leur savoureux duettino, « Ho della stima grande », au I. Quant à Iurii Samoilov, il déploie pour Milord Arespingh une ligne ample et assurée, avec un éloquent « Van girando per la testa » au cœur du II. Les ensembles, pierre angulaire comique de l’ouvrage, brillent quant à eux par leur mise en place irréprochable et leur efficacité théâtrale. Quelques tensions dans l’extrême aigu apparaissent çà et là, mais elles trahissent davantage le goût du risque assumé que les limites de ces interprètes.
Dans la fosse, Leo Hussain conduit avec une battue vive et aérée, assurant lui-même les récitatifs au pianoforte avec un sens stylistique infaillible. Vingt instrumentistes, cinq chanteurs, pas de chœur : L’Italiana in Londra rappelle qu’on peut faire grand avec peu. Cimarosa mérite mieux que l’oubli où le cantonne l’ombre de son unique chef-d’œuvre universellement reconnu.
CYRIL MAZIN
Angela Vallone (Livia) – Bianca Tognocchi (Madama Brillante) – Theo Lebow (Sumers) – Iurii Samoilov (Milord Arespingh) – Gordon Bintner (Don Polidoro)
Frankfurter Opern- und Museumsorchester, dir. Leo Hussain
2 CD Naxos 8.660586-87
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