
2 CD National Symphony Orchestra NSO0023
À sa création au Met, le 15 janvier 1958, Vanessa bénéficie d’une affiche prestigieuse. Sous la direction de Dimitri Mitropoulos, la distribution vocale réunit Eleanor Steber (remplaçant Maria Callas un moment envisagée et Sena Jurinac initialement prévue pour le rôle-titre), Rosalind Elias, Regina Resnik, Nicolai Gedda et Giorgio Tozzi. Les décors sont de Cecil Beaton. Compagnon de longue date de Samuel Barber, Giancarlo Menotti est l’auteur du livret ainsi que de la mise en scène. Avec des noms aussi reconnus, le succès mondain était prévisible pour cet opéra composé par un Américain. Presse et public lui réservèrent un accueil apparemment enthousiaste, mais sa reprise quelques mois plus tard à Salzbourg avec à peu près la même équipe (Ira Malaniuk remplaçait Regina Resnik) fut plus mitigée et, par la suite, Vanessa ne parvint pas vraiment à trouver une place solide dans les théâtres. Ses enregistrements lui ont néanmoins assuré une postérité avantageuse, à commencer par ceux de sa création (RCA) et de sa reprise à Salzbourg (Orfeo).
Comment expliquer ce relatif discrédit ? La musique en elle-même ne manque pas de séduction et l’on ne peut qu’apprécier la manière qu’a Barber de faire chanter son orchestre dans un esprit proche à la fois de Puccini et de Richard Strauss. Mais pour donner vie à un livret quelque peu artificiel, il faut impérativement disposer d’interprètes de grande classe, qui ne se contentent pas de bien chanter mais sont également capables d’apporter une vie théâtrale de grand style à une intrigue somme toute assez sommaire.
On s’en rend compte à l’écoute de ce nouvel enregistrement effectué en 2025 au Kennedy Center de Washington. Gianandrea Noseda donne à son orchestre, le National Symphony Orchestra, un rôle de tout premier plan et exprime, comme Mitropoulos avant lui, ce que la musique de Barber peut avoir de raffiné et de cultivé. Mais (est-ce la faute de la prise de son ?) ses solistes sont moins mis en avant. Susan Graham (Erika dans la gravure de Leonard Slatkin publiée par Chandos en 2004) et, plus encore, Thomas Hampson, incontestablement des « stars », parviennent pourtant, par leur seule présence et par la qualité de leur diction, à donner un certain relief aux personnages de la Baronne et du Docteur. Matthew Polenzani réussit plutôt bien à esquisser le portrait de l’être inconsistant et veule que peut être Anatol. En revanche, Nicole Heaston et J’Nai Bridges, musiciennes estimables au demeurant, peinent à offrir à Vanessa et Erika des incarnations marquantes. À l’une comme à l’autre manquent à la fois une intensité dramatique plus évidente et, plus encore, cette sophistication savante que seuls des artistes parvenus au sommet de leur art peuvent apporter à leur jeu.
PIERRE CADARS
2 CD National Symphony Orchestra NSO0023
Nicole Heaston (Vanessa) – J’Nai Bridges (Erika) – Susan Graham (The Old Baroness) – Matthew Polenzani (Anatol) – Thomas Hampson (The Old Doctor) – Jonathan Bryan (Nicholas) – Samuel Weiser (Footman)
University of Maryland Concert Choir, National Symphony Orchestra, dir. Gianandrea Noseda
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