Teatro La Fenice, 26 avril
C’est un Lohengrin grandiose que Markus Stenz dirige à la Fenice, lui dont le nom est bien connu à Venise et très cher à l’orchestre. Il ne se contente pas d’offrir une vision d’ensemble remarquablement cohérente de l’opéra de Wagner, qui fait son retour sur cette scène après trente-six ans : il en déploie la dialectique en coordonnant orchestre, chœur et solistes dans des équilibres d’une précision exemplaire. Les scènes de masse frappent particulièrement, où, dans l’antithèse du bien et du mal, de la renaissance et de la décadence, Stenz peint de vastes fresques aux phrasés amples, presque annonciateurs du symphonisme mahlérien.
La quête d’un son plein s’affirme dans tous les registres et sur plusieurs plans de timbre ; phrasé et articulations épousent les contextes les plus divers, plongeant par exemple dans les profondeurs des teintes sombres au Prélude du deuxième acte. Maintenu dans un équilibre constant entre fosse et plateau, le chant s’inscrit ainsi au cœur du flux wagnérien. Lohengrin surgit dès lors dans toute sa modernité et son audace : une partition où le chef allemand fait palpiter l’orchestre, culminant dans un Prélude du III éclatant – il faudrait dire mémorable –, porté aussi par l’enthousiasme irrépressible suscité par l’épilogue de l’« affaire Venezi » – du nom de la cheffe proche de Giorgia Meloni, nommée puis limogée quelques mois plus tard –, largement relayée par les médias. Les musiciens de l’Orchestre de la Fenice se montrent excellents, d’une concentration exemplaire, avec des interventions solistes brillantes.
La mise en scène, signée Damiano Michieletto, a ouvert la saison de l’Opéra de Rome (voir O. M. n° 218 p. 95). Au sein de la distribution, Chiara Mogini (Ortrud) s’impose par une puissance dramatique impressionnante, totalement habitée par son rôle, jusque dans ses couleurs les plus sombres. Le versant maléfique de l’œuvre ressort avec force : Claudio Otelli (Telramund) convainc lui aussi, par un phrasé incisif et tranchant. Plus convenues, les incarnations du bien, avec Brian Jagde (Lohengrin), à la ligne héroïque affirmée, et Dorothea Herbert (Elsa), à la vocalité chaleureuse. Le chœur, d’une grande cohésion, s’affirme presque comme un protagoniste dans les vastes ensembles. Triomphe final, ponctué d’ovations.
MIRKO SCHIPILLITI
Anthony Robin Schneider (Heinrich der Vogler)
Brian Jagde (Lohengrin)
Dorothea Herbert (Elsa von Brabant)
Claudio Otelli (Friedrich von Telramund)
Chiara Mogini (Ortrud)
Äneas Humm (Der Heerrufer des Königs)
Markus Stenz (dm)
Damiano Michieletto (ms)
Paolo Fantin (d)
Carla Teti (c)
Alessandro Carletti (l)
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