Théâtre des Champs-Élysées, 20 avril
La tournée vouée à promouvoir un nouveau récital chez Sony (voir O. M. n° 219 p. 129) avait annoncé tardivement un « concert sonorisé ». On ne peut dire « Si j’aurais su, j’aurais pas venu ». A-t-on bien fait ? Jonas Kaufmann rappelle que l’air « Magische Töne » (Die Königin von Saba de Karl Goldmark) fut interprété par Caruso, Rudolf Schock, Nicolai Gedda et Fritz Wunderlich. Ces illustres devanciers usaient-ils du micro ?
Pour les « sonorités magiques », on a la grande voix de la soprano Malin Byström, sa projection, son entrain, son aisance scénique et les sonorités puissantes de l’Orchestre Philharmonique de Baden-Baden, dirigé avec éclat et nuances par Jochen Rieder. On apprécie le violon solo pur et aérien de Yasushi Ideue. Inutile, la sonorisation indiscrète (les consonnes crachent, la voix est enveloppée d’un halo) nuit à Jonas Kaufmann. Après un monologue en français pour expliquer l’entreprise – retrouver l’ancienne Hongrie sans trop d’Autriche –, il prodigue sa capacité de phraser, de jouer des demi-teintes. Cependant le détimbrage du registre aigu conduit tout près de la raucité. La première partie enchaîne airs et duos de Gräfin Mariza, du Zigeunerbaron, de Bánk bán de Ferenc Erkel.
La seconde, après une émouvante Ouverture de Das Land des Lächelns, retrouve Jonas Kaufmann dans « Immer zu lächeln » (Toujours sourire), et le duo « Wer hat die Liebe uns ins Herz gesenkt » (Qui dans nos cœurs a fait fleurir l’amour ?), mais pas l’emblématique « Dein ist mein ganzes Herz ». La voix gagne en stabilité, l’aigu ne demande qu’à fuser quand la sono ne l’enveloppe pas de son brouillard-brouillage. Comment ne pas se laisser emporter par le duo de Csárdásfürstin, « Tanzen möcht’ich » ? Cinq bis enflamment les inconditionnels. Les autres notent le 11 avril 2027 pour un programme « Tutto Verdi ». Là, il faudra chanter.
PATRICE HENRIOT
Malin Byström (soprano)
Jochen Rieder (dm)
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