Kurhaus, 26 juillet
Comme la plupart des adaptations dans une langue étrangère, la Sémiramis française souffre d’une prosodie artificielle. Le livret réécrit par Joseph Méry est bourré de hiatus, de redondances et de platitudes qui l’appauvrissent. Il a perdu également de sa cohérence et de sa profondeur psychologique. Par exemple, dans l’air d’entrée d’Arsace disparaît toute référence aux circonstances de sa rencontre avec Azéma, et l’opéra s’achève bizarrement sans que soit clarifié qui a été assassiné dans l’obscurité du tombeau. Ici, Arsace n’exprime ni sa douleur ni son remords, Assur ni sa haine ni son dépit. Le rôle d’Idrène, inchantable pour les ténors de 1860, a été amputé de ses airs, et l’inévitable ballet (de la main de Carafa), purement décoratif, vient affaiblir le deuxième acte. Les récitatifs réécrits pour coller à la traduction ne parviennent pas à être plus évidents. On est loin ici du travail d’orfèvre de Scribe adaptant le livret du Comte Ory à la musique du Viaggio a Reims.
Il faut toute la conviction de la distribution pour restituer sa force dramatique à ce qui semble un pâle travestissement du chef-d’œuvre de Rossini. Marina Viotti domine le plateau avec un Arsace de grande stature. Forte de sa connaissance intime du rôle et armée d’une technique belcantiste hors pair, elle réussit à transcender les limites de cette version et redonne au rôle tout son lustre au-delà des faiblesses du texte. En Sémiramis, Diana Haller ne démérite pas et s’associe remarquablement avec elle dans leurs duos, mais dans l’ensemble sa performance manque de variété et de couleur, et elle se contente souvent de faire valoir la puissance de son registre aigu dans des variations assez répétitives. La basse Mark Kurmanbayev reste le maillon faible de cette distribution. Si dans les premières scènes, il fait valoir une belle extension dans l’aigu, son émission uniformément couverte, voire un peu engorgée, détruit cette bonne impression d’autant que son articulation française se dégrade tandis que croissent les difficultés. Il paraît tout à fait déstabilisé dans son duo avec Sémiramis et ne se rattrape un peu que dans sa scène de folie. Par contraste, la basse noble de Nathanaël Tavernier est d’une totale évidence dans le rôle d’Oroès, auquel il confère une remarquable autorité. Il ne reste à Patrick Kabongo que les ensembles des deux premiers actes pour donner à entendre la qualité de son phrasé et, dans le maelström sonore des finales, l’Azéma d’Ilaria Monteverdi est quasiment impossible à distinguer. Hors scène mais non moins imposant, le baryton Giovanni Accardi donne un beau relief à l’Ombre de Ninus. À la tête du courageux ensemble de la Philharmonie Szymanowski de Cracovie et des chœurs, le chef Andriy Yurkevych mène à bon port cette périlleuse résurrection.
ALFRED CARON
Diana Haller (Sémiramis)
Marina Viotti (Arsace)
Ilaria Monteverdi (Azéma)
Mark Kurmanbayev (Assur)
Nathanaël Tavernier (Oroès)
Patrick Kabongo (Idrène)
Giovanni Accardi (L’Ombre de Ninus)
Andriy Yurkevych (dm)
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