Opéras No No Nanette à Paris
Opéras

No No Nanette à Paris

04/04/2026
© Christophe Raynaud Delage

Athénée Théâtre Louis-Jouvet, 27 mars

No No Nanette a fêté son centenaire l’année dernière. Un an plus tard, l’anniversaire est désormais celui de sa création parisienne au Théâtre Mogador, où elle fit un tabac. Les Frivolités Parisiennes ont saisi l’occasion de célébrer à nouveau ce qui est considéré comme la plus rayonnante des comédies musicales d’alors. Passé par Reims, Compiègne et Tourcoing, leur nouvel opus débarque à l’Athénée avant d’aller visiter Charleroi et Caen. On est loin des 665 représentations de la création londonienne, des 321 de l’américaine, certes, mais en voici 13 pour retrouver l’œuvre de Vincent Youmans, dont tout le monde connaît le tube immortel, Tea for Two, murmuré par Bourvil dans La Grande Vadrouille. Et comme autrefois, on la donne ici en français.

Ne nous leurrons pas, le livret, adapté et un peu modernisé par Christophe Mirambeau, est un peu niais – les mœurs ont bien changé depuis la Prohibition. Il n’est qu’un prétexte au divertissement, aux mélodies heureuses, aux rythmes dansants, au ton jazzy. Tout le petit monde de Nanette, une jeune fille qui rêve d’émancipation et d’amusement avant le mariage, se retrouve à Atlantic City, ville de perdition avant même que la famille Trump y construise tour et casino, pour une succession de doux mensonges, de quiproquos et de hasards qui déclenchent le rire du public et la confusion pour ces Américains aisés et un peu fâchés avec la vérité. Mais tout finira bien, les couples se retrouveront, et Nanette convolera avec Tom, son amoureux, plus tôt qu’elle ne le pensait. L’œuvre qui libéra bien des choses dans un genre encore un peu stéréotypé alors, impose surtout qu’on se laisse aller à l’entrain que la partition suscite sans baisse de tonus.

La modernisation se trouve essentiellement dans la production signée Emily Wilson et Jos Houben. Elle mêle habilement aux dix solistes l’omniprésence de doubles – danseurs-chanteurs du chœur – formant contexte ou commentaire, ajoutant détails drolatiques (l’aspirateur, le téléphone…) et comme une façon de virevolte impeccable dans la mobilité permanente du décor. Oria Puppo l’a fait de grands panneaux mobiles de tôle gaufrée aux couleurs chaudes qui ouvrent, ferment, encadrent, cachent l’action, et l’oblige à une dynamique qui fonctionne bien.

Les interprètes sont à leur affaire, même si Marion Préïté fait un peu plus femme épanouie qu’orpheline découvrant l’Amérique et ses turpitudes, bien soft en fait. Mais au moins chante-t-elle avec le charme et l’entrain nécessaires, qui caractérisent toute la distribution, dominée de haut par le Jimmy sonore d’Arnaud Masclet. Joli prétendant de Loaï Rahman, bourgeoises un rien tapées de Caroline Roëlands et Lauren Van Kempen, dont l’articulation s’améliore au fil des actes, avocat prêt à tout pour le gain de Ronan Debois, et trio de grâces-garces parfaitement apparié. Et pour ouvrir et donner la touche finale, la Pauline pincée de Marie-Élisabeth Cornet, succulente.

L’orchestre des Frivolités Parisiennes est pimpant et aussi coloré que le décor, la direction de Benjamin Pras emportée. Petit bémol, aux chorégraphies parfaitement réglées par Caroline Roëlands – eh oui, elle incarne aussi Sue – manquent ce don qu’ont les Américains et les Britanniques pour les transcender en expériences d’un fabuleux naturel. On est quand même sorti ravi.

PIERRE FLINOIS

Marion Préïté (Nanette)
Lauren Van Kempen (Lucille Early)
Caroline Roëlands (Sue Smith)
Marie-Élisabeth Cornet (Pauline)
Loaï Rahman (Tom Trainor)
Arnaud Masclet (Jimmy Smith)
Ronan Debois (Billy Early)
Véronique Hatat (Flora Latham)
Maeva Simonnet (Betty Brown)
June Van Der Esch (Winnie Winslow)
Benjamin Pras (dm)
Emily Wilson & Jos Houben (ms)
Oria Puppo (dc)
Bruno Marsol (l)

.

Pour aller plus loin dans la lecture

Opéras Lohengrin à Venise

Lohengrin à Venise

Opéras Der Zwerg à Lausanne

Der Zwerg à Lausanne

Opéras Lucie de Lammermoor à Paris

Lucie de Lammermoor à Paris