Opéras Ercole amante à Paris
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Ercole amante à Paris

07/06/2026
Andreas Wolf et Sandrine Piau. © Opéra National de Paris/Bernd Uhlig

Opéra Bastille, 2 juin

Compositrice longtemps oubliée, Antonia Bembo (1640 ?-1720 ?) est née à Venise où elle s’est formée auprès de Francesco Cavalli avant de fuir un mari violent et de se réfugier en France où elle fut accueillie à la cour de Louis XIV. Ercole amante (« Hercule amoureux »), son unique opéra (composé en 1707), reprend le livret de Francesco Buti déjà mis en musique en 1662 par Cavalli, mais privé du Prologue et muni de six vers alternatifs. Ressuscité en 2023 à Stuttgart puis à San Francisco, l’ouvrage est représenté à Paris sous la direction de Leonardo García-Alarcón, qui avait déjà emmené en 2019 Les Indes galantes à l’Opéra Bastille, lieu alors disproportionné. C’est plus vrai encore pour cet Ercole amante dont le tissu instrumental, malgré le talent de la Cappella Mediterranea, paraît arriver de loin. On devine la finesse des choix effectués par le chef, mais dans ce lieu trop vaste, l’orchestre perd ses couleurs, et on n’en goûte que l’énergie.

L’ouvrage lui-même, d’une belle tenue, semble avoir été composé par un honnête artisan soucieux de marier un certain style italien et une manière héritée de l’air de cour à la française. Nous sommes en 1707, mais le souvenir de Monteverdi est ici plus présent que celui de Lully. Après un premier acte animé, les deux suivants subissent une chute de tension : le récitatif l’emporte sur les parties lyriques, et il faut attendre les deux derniers pour retrouver une relative incandescence, avec un trio au IV et un quatuor au V qui donnent une nouvelle étoffe au propos musical. L’expression des passions (l’orgueil, la crainte, l’amour), par ailleurs, ne déborde jamais, comme en témoigne la mort d’Ercole, dont on guette en vain le sentiment tragique. De même la scène du sommeil, emmenée par la belle voix immobile et douce de Teona Todua (Pasithea), mais aussi celle des tombeaux, ont quelque chose d’appliqué à la façon de deux épisodes obligés. Le velouté du Chœur de Chambre de Namur y fait merveille, mais sans nous entraîner dans le mystère.

Sur scène, le spectacle de Netia Jones est en phase avec l’équilibre qui sous-tend l’ouvrage. On y trouve des statues d’Hercule comme sorties de l’atelier du Bernin, mais aussi un jardin à la française. Le tout avec deux ou trois inévitables clichés (le photographe, le personnage qui fume afin de montrer son détachement) et un usage plus brouillon que baroque des technologies numériques. Le spectacle a cependant de la tenue, grâce notamment à la chorégraphie réjouissante de Maud Le Pladec, qui confie à l’escrime et au tennis le soin de traduire les duels amoureux.

La distribution rend pleinement justice à l’ouvrage. À l’autorité de Julie Fuchs (Giunone) et à la fraîcheur vocale de Sandrine Piau (Venere et Bellezza) répondent l’ardeur de la jeune Ana Vieira Leite (Iole) et le tempérament dramatique de Deepa Johnny, qui aborde les poignantes déplorations de Dejanira avec un vrai souci de la nuance et du phrasé. On regrettera simplement que Bembo n’ait pas distribué l’un de ces rôles à une tessiture plus sombre, qui aurait apporté de la variété à cet ensemble de voix.

Côté masculin, Marcel Beekman excelle dans le rôle comique de Licco que la compositrice, là encore, aurait pu souligner davantage. Théo Imart apporte une pointe de pittoresque dans le rôle du Page cependant qu’Alasdair Kent (Hyllo) se montre une fois de plus irréprochable, quelques aigus volontairement tirés lui permettant d’exprimer les tourments de la jalousie. Alex Rosen est peu sépulcral mais impeccable de style dans le rôle du spectre d’Eutiro. Quant à Andreas Wolf, celui par qui le scandale arrive (une fois sa femme Dejanira délaissée, il prétend épouser la fiancée de son fils après avoir tué Eutiro, le père de celle-ci), c’est un Ercole à l’aise et débonnaire, qui joue de son timbre de baryton pour rester dans un juste milieu plus plastronnant que terrifiant.

CHRISTIAN WASSELIN

Andreas Wolf (Ercole)
Ana Vieira Leite (Iole)
Alasdair Kent (Hyllo)
Deepa Johnny (Deianira)
Julie Fuchs (Giunone)
Marcel Beekman (Licco)
Sandrine Piau (Venere, Bellezza)
Théo Imart (Paggio)
Teona Todua (Pasithea)
Alex Rosen (Nettuno, l’Ombra di Eutyro)
Leonardo García-Alarcón (dm)
Netia Jones (ms/dcv)
Lightmap Studio (v)
Ellen Ruge (l)

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