Opéras La gazza ladra à Bad Wildbad
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La gazza ladra à Bad Wildbad

06/08/2026
Matteo Torcaso, Francesca Di Sauro, Patrick Kabongo, Gaja Vittoria Pellizzari et Claudia Muschio. © Rossini in Wildbad/Patrick Pfeiffer

Kurhaus, 25 juillet

Pour sa 37e édition, « Rossini in Wildbad » revisite ses classiques et ouvre de nouvelles pistes dans la recherche de répertoires oubliés, avec un projet intitulé « Le bel canto en français » illustré par la première exécution moderne de l’opéra de Jean-Baptiste Weckerlin, Le mariage en poste, et la recréation de Sémiramis, dans l’adaptation française réalisée par Michele Carafa en 1860 avec l’aval du compositeur.

La nouvelle production de La gazza ladra, la seconde depuis 2009, inaugure la salle du Kurhaus rénové, offrant une acoustique nettement plus flatteuse que celle de la Trinkhalle. La mise en scène se concentre essentiellement sur le jeu d’acteur et la caractérisation des personnages, notamment à travers les costumes qui semblent situer l’action dans les années 1930, dans une Italie méridionale. Les douze personnages de ce sombre mélodrame sont croqués à la perfection dans un décor où de simples parois mobiles et une tournette suffisent à suggérer les espaces du drame. La pie du titre est évoquée par l’omniprésence d’une cage et quelques projections vidéo.

La distribution se recommande pour sa parfaite homogénéité. Particulièrement émouvante, la Ninetta de Claudia Muschio dépasse le cliché de la victime et se montre particulièrement combative, avec un soprano corsé qui rappelle que dans cette version basée sur l’édition napolitaine de 1819-1820, le rôle était défendu par la Colbran. Inattendu dans un rôle dramatique, Emmanuel Franco fait une fois de plus preuve d’une remarquable versatilité et s’approprie avec brio la tessiture de basse chantante de Fernando, le père de l’héroïne. Avec le Podestà, Nathanaël Tavernier poursuit sa conquête des rôles de basse rossiniens. Bien que remarquablement composé, son personnage de dandy cynique paraît encore un peu trop noble, et il lui manque cette touche de noirceur dans le timbre qui fait les grands « vilains ». Passé un air d’entrée où l’aigu manque légèrement de brillant, Patrick Kabongo retrouve toutes ses qualités et son élégant phrasé pour incarner le personnage un peu passif de Giannetto.

La révélation de la production reste incontestablement le Pippo de la mezzo Francesca Di Sauro, dont la belle voix charnue et le chant naturel se doublent d’une technique belcantiste accomplie qui fait merveille dans son duo avec Ninetta au deuxième acte. Aucune faiblesse non plus du côté des petits rôles où se distinguent singulièrement la mezzo Gaja Vittoria Pellizzari dans son rôle de mère jalouse et acariâtre et le ténor Davide Zaccherini, aussi convaincant en Isacco, le colporteur nasillard, qu’en juge sans état d’âme dans la terrible scène du procès. Excellents également, le chœur et l’orchestre de la Philharmonie Szymanowski de Cracovie, sous la direction de José Miguel Pérez-Sierra. Salué par un triomphe sans partage, ce spectacle restera incontestablement dans les annales du festival.

ALFRED CARON

Matteo Torcaso (Fabrizio)
Gaja Vittoria Pellizzari (Lucia)
Patrick Kabongo (Giannetto)
Claudia Muschio (Ninetta)
Emmanuel Franco (Fernando)
Nathanaël Tavernier (Il Podestà)
Francesca Di Sauro (Pippo)
Davide Zaccherini (Isacco)
Timoteo Bene Junior (Antonio)
Giovanni Accardi (Giorgio)
José Miguel Pérez-Sierra (dm)
Jochen Schönleber (ms/d)
Katarzyna Coufal (c)
Marcel Hahn (l)

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