
1 CD Opera Rara ORR 260 (4 clés) & 1 CD Opera Rara ORR 261 (2 clés)
Le bouquet des vingt-quatre mélodies confiées à Rosa Feola, hier choyée par Renata Scotto et dorénavant en pleine ascension internationale, se colore des accents amoureux les plus divers. L’allégorie d’un embarquement pour Cythère sur roulis pianistique trouve, dès les premières minutes de ce chant caressant autant que pimenté de suggestifs sous-entendus érotiques, une interprète toute de jeunesse. Ce timbre, fruité en son médium et solaire vers les cimes, trouve en ces instants le meilleur de ses vertus expressives. L’exotisme qui s’invite bientôt avec La Bohémienne ou cette Zingara écrite pour Paris ajoute à cette juvénilité un brio naturel des plus enjôleurs. Si la fougue déployée ensuite tend parfois à indurer les aigus puissants qu’elle induit, le brio du chant presto fiorito, tout comme les mélismes d’Una tortora innocente, bijou de la plage 11, valent expiation de ces péchés véniels. La flamme passionnelle de Già presso… conjuguera d’ailleurs au mieux projection et couverture des sons, lesquelles prévalent dans le bien nommé Amor tiranno, mieux au demeurant que dans l’exacerbation de Tu mi chiedi, un rien préjudiciable à leur intégrité. La coquine légèreté de Quando notte sarà oscura, hier dévolue au ténor Rubini, et les caprices concluant cette somme achèvent de la valoriser.
Les récitals successifs de pages néo-belcantistes dévolues à Nicola Alaimo dans le cadre de la remarquable anthologie Donizetti Songs ne nous semblent décidément pas le présenter sous son jour le plus flatteur. Quand la notice du présent disque invite à l’inscrire dans la filiation de Lablache et de Levasseur, suprêmes héritiers de l’école rossinienne, elle l’expose aux flèches de la critique. Alors que la basse barytonale avait su récemment conférer, aux airs magnifiés par l’orchestre florentin de Giacomo Sagripanti, une prégnance exempte de surlignage, sa nouvelle démonstration en regorge. L’Addio brunetta initial, manière de chanson de marin en quête de plaisir, laissait pourtant entendre un éventail de nuances, ourlées de graves charnus. Il pescatore, surjoué et ténorisant, vient bientôt décevoir, tout comme l’allusion à Così fan tutte qui lui succède. Moult plaintes quasi véristes et autres effets expressifs, et la coupe sera pleine. Levasseur dites-vous ? Dès ce Non loin de Montfaucon de la plage 5, délayé dans un sabir incompréhensible, notre langue souffre. Le départ pour la chasse précédé d’une exemplaire sonnerie de cor achèvera de la pulvériser. À tous égards un rendez-vous manqué !
JEAN CABOURG
1 CD Opera Rara ORR 260
Rosa Feola, Carlo Rizzi (piano)
1 CD Opera Rara ORR 261
Nicola Alaimo, Carlo Rizzi (piano)