Concerts et récitals Götterdämmerung à Paris
Concerts et récitals

Götterdämmerung à Paris

21/09/2026
Åsa Jäger, Kent Nagano et Young Woo Kim. © Théâtre des Champs-Élysées/Cyprien Tollet

Théâtre des Champs-Élysées, 13 septembre

Kent Nagano avait déjà dirigé le Ring à Munich, au temps de son directorat musical. Il a remis l’œuvre sur le métier en 2023 dans une toute autre perspective : retrouver, grâce aux instruments anciens du Dresdner Festspielorchester et du Concerto Köln mêlés, un son historiquement informé qu’auraient pu entendre les spectateurs du premier Festival de Bayreuth. Après un Siegfried passé par la Philharmonie en 2025 (voir O. M. n° 212 p. 85), Götterdämmerung s’empare du TCE pour une soirée passionnante. Pas d’abîme mystique pour mixer un son global, mais un relief orchestral étonnant. Le diapason à 435 Hz change les couleurs instrumentales, les équilibres, la transparence ; c’est marquant, cela respire. On passe alors sur des cuivres parfois baveux, des bois qu’on attendrait plus colorés, pour retrouver un naturel sidérant, appuyé par des cordes emportées et une battue tendue, véloce comme la voulait Wagner. Nagano dit s’inspirer des tempi de Hans Richter en 1876, et s’inscrit exactement dans ceux de Karl Böhm, dont il a le dynamisme à couper le souffle.

La distribution, jeune, sonore, joue un semi-scénique réduit à l’essentiel par la force des gestes, des visages. Elle est au diapason, à commencer par le Siegfried coréen Young Woo Kim, qui surjoue et surarticule, mais débite ses aigus avec une facilité et une tenue réjouissantes, et trouve heureusement à nuancer les récits du III. La Brünnhilde au timbre chaleureux et plein de la jeune Suédoise Åsa Jäger a, elle aussi, éclat et certitude de l’aigu, somptueux et percutant pour l’acte II, et chaleur de timbre et sympathie, mais montre quelques limites pour l’« Immolation ». Patrick Zielke compose un Hagen bonhomme pour mieux tromper son monde, avec une forte présence vocale quand il convoque les vassaux. Si l’Alberich de Daniel Schmutzhard est sans grand relief, le Gunther de Johannes Kammler est exceptionnel, comme la Waltraute d’Annika Schlicht, très expressive. Nornes et Filles du Rhin excellentes, chœurs pas du niveau de Bayreuth aujourd’hui, certes, mais peut-être de cet hier recherché…

PIERRE FLINOIS

Young Woo Kim (Siegfried)
Johannes Kammler (Gunther)
Daniel Schmutzhard (Alberich)
Patrick Zielke (Hagen)
Åsa Jäger (Brünnhilde)
Sophia Brommer (Gutrune)
Annika Schlicht (Waltraute)
Jasmin Etminan (Erste Norn)
Marie-Luise Dreẞen (Zweite Norn)
Valentina Farcas (Dritte Norn)
Ania Vegry (Woglinde)
Ida Aldrian (Wellgunde)
Eva Vogel (Flosshilde)
Kent Nagano (dm)

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