Markgräfliches Opernhaus, 11 septembre
Théâtre des Margraves bourré à craquer pour ce concert de gala réunissant trois sopranistes. Dans ce programme chiche, sans aucun duo, avec un Wrocław Baroque Orchestra dirigé assez génériquement du violoncelle par Jarosław Thiel, le plus décevant est Federico Fiorio, voix mince et limitée en couleur, l’accent mis sur les aigus ne faisant pas oublier la pauvreté du médium et du grave. Les vocalises sont scolaires, peu précises, et il manque à sa grammaire belcantiste la messa di voce et le trille.
Plus de pulpe chez Dennis Orellana, avec une certaine fraîcheur qui peut séduire. Mais lui aussi néglige la messa di voce, en particulier sur le premier son du fameux « Care selve » de Haendel, et l’on regrette par ailleurs un phrasé souvent note à note ainsi que quelques stridences dans le suraigu.
C’est avec Maayan Licht qu’il se passe enfin quelque chose, dès son arrivée dans un « Un pensiero nemico di pace » aux coloratures en salves de mitraillette, plus crépitantes encore à la reprise. Reste qu’à ce tempo d’enfer, il est impossible de donner le moindre poids aux mots. Exploit réitéré avec le fameux « Son qual nave » où il enchaîne roulades, trilles et sauts de registres avec une sprezzatura qui laisse pantois. Mais il sait aussi habiter d’émotion le cantabile du « Nel già bramoso petto » de Porpora. Ajoutons que, prenant au mot l’idée que les rock stars d’aujourd’hui ont pris la place des castrats d’hier, il montre une extravagance de « divo » par des tenues et postures faisant de lui le fils improbable de Freddie Mercury et Simone Kermes !
Un seul bis, le duo final de L’incoronazione di Poppea, qui réunit enfin les trois, chacun alternant Poppea ou Nerone en une confusion des genres bien dans l’air du temps, qui achève de mettre le public en délire.
THIERRY GUYENNE
Federico Fiorio, Dennis Orellana, Maayan Licht (sopranistes)
Jarosław Thiel (dm)