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Carlo Vistoli : Handel’s Italians: Italian Castrati in the London Oratorios

01/09/2026

1 CD Harmonia Mundi 902795

Avec Sacro furore, son premier enregistrement solo pour Harmonia Mundi, Carlo Vistoli rendait hommage au corpus sacré de Vivaldi aux côtés de l’Akademie für Alte Musik Berlin. Le contre-ténor y révélait déjà une intelligence musicale peu commune, une force expressive et un art consommé du coloris ; autant de qualités confirmées depuis. Il retrouve aujourd’hui le label pour un second récital, cette fois entouré d’Emmanuelle Haïm et du Concert d’Astrée. Intitulé Handel’s Italians: Italian Castrati in the London Oratorios, l’album retrace la métamorphose de l’oratorio haendélien au contact des castrats italiens, qui firent les riches heures de la vie musicale londonienne.

Dans les années 1730, alors que l’« opera seria » commence à s’essouffler dans la capitale anglaise, Haendel repense l’oratorio. Sous sa plume, le genre conjugue la faconde de l’opéra, la tradition chorale britannique et la rigueur contrapuntique héritée de sa formation germanique. Au fil des reprises, il remanie ses partitions afin de les adapter aux chanteurs qu’il réunit autour de lui. Les versions retenues ici, d’Esther (1732) à Belshazzar (1751), en passant par Deborah (1733 et 1734), Athalia (1735), Saul (1741), Theodora et Messiah (1750), dessinent un parcours où se succèdent éclat virtuose, ferveur et intensité dramatique. On y retrouve notamment le célèbre « But who may abide » du Messiah, l’ardent « Di Jonathan lo stral portò » de Saul, ainsi que deux pages d’Athalia – l’émouvant « Cor fedele spera sempre » et le véloce « Angelico splendor ».

Ces deux airs témoignent des transformations apportées à Athalia pour la nouvelle production donnée au Covent Garden Theatre en 1735. Créé deux ans plus tôt à Oxford par le contre-ténor Walter Powell, le rôle du grand prêtre Joad fut alors confié au castrat Giovanni Carestini, auquel le compositeur destina plusieurs pages en italien. Cet épisode rappelle combien la langue pouvait infléchir son écriture lorsque les chanteurs étrangers se trouvaient confrontés aux exigences de la diction anglaise.

Vistoli trouve dans ce répertoire un terrain d’élection. La projection est superbe, le timbre caressant et le phrasé d’une remarquable éloquence. Chez lui, l’ornement ne se contente jamais d’ajouter de l’éclat, mais prolonge le sens du texte, tandis que la vocalise semble se faire parole. Dans les duos, Giulia Semenzato lui répond avec la même subtilité, de l’ardent « Who calls my parting soul? » -d’Esther au poignant « To thee, thou glorious son of worth » de Theodora. À la tête du Concert d’Astrée, Emmanuelle Haïm élève le discours avec une maîtrise souveraine, faisant respirer la ligne instrumentale sans jamais en relâcher la tension. Le disque atteint ainsi un équilibre notable entre érudition et émotion. Il rappelle surtout que, dans cette musique, la virtuosité n’a jamais de valeur autonome, mais demeure le véhicule de l’affect.

CYRIL MAZIN

1 CD Harmonia Mundi 902795

EstherDeborahBelshazzarTheodoraSaulMessiahAthalia

Le Concert d’Astrée, dir. Emmanuelle Haïm

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