Opéras Il viaggio a Reims à Salzbourg
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Il viaggio a Reims à Salzbourg

26/08/2026
Tara Erraught, Mélissa Petit, Marina Viotti, Cecilia Bartoli, Edgardo Rocha, Peter Kellner, Misha Kiria, Ildebrando D’Arcangelo et Dmitry Korchak. © Salzburger Festspiele/Monika Rittershaus

Haus für Mozart, 8 août

Depuis la reconstitution de la partition originale de 1825 et sa création scénique à Pesaro en 1984, le Viaggio a Reims n’a cessé de se démultiplier, malgré les difficultés posées par son déconcertant livret. Beaucoup s’y sont cassé les dents, de Pizzi à Marthaler ou Michieletto, l’original de Ronconi, largement repris à travers le monde, continuant de tenir la corde.

Kosky a pris le parti radical de congédier toute référence historique, bannissant Charles X et son couronnement pour leur substituer astucieusement la célébration de l’anniversaire d’une cantatrice, la supposée « Ceci », évidemment Cecilia Bartoli elle-même, qui a fêté ses 60 ans le 4 juin. Pour choisir de se fonder uniquement sur la musique et non sur le texte, dans une sorte de « light, fluffy (aérien, sans pesanteur), delicious soufflé » selon ses termes, renchérissant sur ce qui est déjà la jubilation de la fulgurante partition. D’où un jaillissement perpétuel de gags, de danses ou effets-surprises des non moins excellents décors de Rufus Didwiszus très bien éclairés par Franck Evin, dans un visuel très chargé, où les maquillages outrés, les variations sans fin sur les modes de la Restauration des excellents costumes de Victoria Behr et les extravagantes coiffures qui les accompagnent témoignent de l’inlassable et inépuisable talent de Kosky pour le spectacle clownesque, citant pêle-mêle Offenbach, Feydeau, les Marx Brothers ou Jacques Tati. Débridé, mais toujours sous contrôle ! Et atteignant même à une certaine forme d’émotion pour la suite des hymnes nationaux qui concluent l’œuvre, dans un ensemble finalement très « européen » en effet, au-delà de la farce.

Si on ne se laisse pas emporter par ce débordement d’un enthousiasme permanent visiblement partagé par toute la troupe, sous une direction d’acteurs poussée de tous les instants, on peut contester vivement ces choix, voire les rejeter vigoureusement, au nom de ce qui est aussi la distinction aristocratique naturelle du compositeur. C’est aussi que ce soir s’ajoute un complément de choix, enchaînant sans coupure le finale avec une sorte de mini-récital d’hommage d’une quarantaine de minutes, présenté par Rolando Villazón, et alignant rien moins que Plácido Domingo accompagné au piano par Antonio Pappano, Pretty Yende, Lang Lang, et le trio de Maxim Vengerov ! Et la première intéressée elle-même pour « Una voce poco fa », après un brindisi bien en situation.

Avec le seul inconvénient majeur de couper court ainsi aux saluts du plateau superlatif qui venait d’opérer, où l’on ne saurait qui trop admirer, d’une Mélissa Petit en forme exceptionnelle pour les coloratures sans fin de Folleville dans son air d’entrée, les ténors éclatants du Belfiore d’Edgardo Rocha et Libenskof de Dmitry Korchak, le beau mezzo cuivré de Marina Viotti pour Melibea, la silhouette idéale du savoureux Baron Trombonok de Misha Kiria, Tara Erraught assumant crânement la plus ingrate hôtesse, et bien sûr la Corinna de l’héroïne du jour, sortie à raison de la coulisse pour son « Arpa gentile » d’entrée (avec sur scène une harpe facétieuse à la Harpo Marx !) et ensuite toujours bellement présente, et pas seulement dans son superbe duo avec Belfiore. Et encore le sobre, distingué et très efficace Profondo de Florian Sempey, au milieu de comprimari sans reproche.

Et avec le soutien des impeccables Musiciens du Prince, dont les solistes mis à forte contribution, et les parfaits chœurs dirigés par Stefano Visconti, sous la baguette elle aussi très appuyée de Gianluca Capuano. Seul le Lord Sidney vocalement fatigué (mais toujours brillant acteur) d’Ildebrando D’Arcangelo restant un peu en retrait. Une soirée véritablement unique donc, à marquer d’une pierre blanche dans l’été salzbourgeois de 2026.

FRANÇOIS LEHEL

Cecilia Bartoli (Corinna)
Marina Viotti (Marchesa Melibea)
Mélissa Petit (Contessa di Folleville)
Tara Erraught (Madama Cortese)
Edgardo Rocha (Cavalier Belfiore)
Dmitry Korchak (Conte di Libenskof)
Ildebrando D’Arcangelo (Lord Sidney)
Florian Sempey (Don Profondo)
Misha Kiria (Barone di Trombonok)
Peter Kellner (Don Alvaro)
Gianluca Capuano (dm)
Barrie Kosky (ms)
Rufus Didwiszus (d)
Victoria Behr (c)
Franck Evin (l)

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