Felsenreitschule, 20 août
Salzbourg a joué un rôle important dans la carrière lyrique de Hans Werner Henze, redevable au festival de trois créations mondiales : Die Bassariden (1966), la reconstruction d’Il ritorno d’Ulisse in patria (1985), et L’Upupa (2003). En marge des grandes productions scéniques de l’été est donc célébré le centenaire de la naissance du compositeur westphalien avec une version de concert de son Prinz von Homburg, créé à Hambourg en 1960 et entendu pour la première fois dans la ville de Mozart. Et le moins que l’on puisse dire est que Salzbourg a mis pour cette occasion les petits plats dans les grands.
Ingo Metzmacher, d’abord, n’a pas son pareil pour rendre lisibles les partitions les plus ardues, et s’attelle ici, avec le concours de l’Orchestre Symphonique de la Radio ORF de Vienne, particulièrement à l’aise dans la musique du XXe siècle, à déplacer Henze dans la descendance d’Alban Berg, et donc dans l’héritage de la musique viennoise. Quelques mesures suffisent pour réaliser à quel point ce changement de regard augmente la séduction d’une partition d’inspiration dodécaphonique – que l’on se souvienne de la célèbre production Lehnhoff dirigée par Sawallisch à Munich dans les années 1990, qui ne faisait rien pour rendre l’œuvre aimable, tant au niveau vocal qu’instrumental –, à travers des textures aérées, un soin particulier apporté aux transitions, aux ruptures, à l’expressivité presque impériale des timbres. Jamais une saturation gratuite, des blocs sonores aux nuances millimétrées, sans emphase inutile, et une narration orchestrale sur le qui-vive, avec la présence constante à l’arrière-plan d’une harpe en embuscade, qui enrichit la matière orchestrale avec une rare subtilité.
La distribution offre de la même manière une empreinte vocale aussi soignée que pour du grand répertoire, loin des spécialistes solfégiques parfois ingrats d’antan. Georg Nigl, au premier chef, donne du rôle-titre l’incarnation la plus psychologiquement juste et complexe qu’on ait entendue, avec son baryton très ténorisant, reconnaissable entre mille, qui jongle en équilibriste avec les mots et leur potentiel expressif, ose des nuances folles – par-dessus une flûte en sol hypnotique dans le dernier monologue notamment – et dresse un portrait théâtralement très riche du jeune officier somnambule.
Ce célèbre Wozzeck a trouvé ici son Andres idéal dans le Comte Hohenzollern du ténor Magnus Dietrich, épaule compatissante sur laquelle on peut parler fleurs sans attenter à sa virilité, douceur et radiance de l’émission témoins d’une camaraderie ambiguë juste comme il faut. En Prince Électeur, Maximilian Schmitt a préféré le rang et le maintien aux aigus si souvent débraillés entendus dans le rôle, avec une présence en tout point aristocratique. Même distinction enfin chez les dames, et particulièrement chez la Nathalie de Kathrin Zukowski, timbre soigné, bel éventail de nuances, bonté et intelligence du personnage, rayonnant de jeunesse et d’idéalisme.
YANNICK MILLON
Maximilian Schmitt (Friedrich Wilhelm, Kurfürst von Brandenburg)
Tanja Ariane Baumgartner (Die Kurfürstin)
Kathrin Zukowski (Prinzessin Natalie von Oranien)
Lauri Vasar (Feldmarschall Dörfling)
Georg Nigl (Prinz Friedrich Artur von Homburg)
Anthony Robin Schneider (Obrist Kottwitz)
Magnus Dietrich (Graf Hohenzollern)
Ingo Metzmacher (dm)
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