Opéras Ariadne auf Naxos à Salzbourg
Opéras

Ariadne auf Naxos à Salzbourg

22/08/2026
Au centre : Christina Nilsson, Christoph Pohl et Kate Lindsey (allongée). © Salzburger Festspiele/Thomas Aurin

Haus für Mozart, 14 août

« À Paris, vous avez eu La Bohème sur la Lune, je peux bien avoir Ariane sur Mars. » Cette phrase de Markus Hinterhäuser nous revient en mémoire lorsque le rideau se lève sur des vidéos de survol de la planète rouge où une partie de l’humanité s’est installée, et où « l’homme le plus riche du monde » (et plus seulement « de Vienne ») s’est payé les services de troubadours de l’espace pour divertir ses invités. Une espèce d’igloo digne de la planète Tatooine de Star Wars, d’où l’on voit régulièrement passer par une ouverture un abondant trafic spatial, sera le décor unique de l’action. L’idée-force d’Ersan Mondtag – les voyages spatiaux comme dernier plaisir à la mode pour les ultra-riches – reste pourtant lettre morte. La mise en abyme demeure, et il est impossible de justifier le dénouement du spectacle – Ariadne et Bacchus en scaphandre vieil or, tous deux pulvérisés (le feu d’artifice promis !) dans l’atomisation de leur vaisseau par le Majordome mécontent de leurs services – sauf à considérer comme légitime de vitrifier des intermittents dont la prestation a déçu !

La mise en scène est en outre un condensé des obsessions à la mode, et notamment la manie du mouvement permanent, avec quatre danseurs qui ne cessent de se trémousser dès que les personnages se figent – les monologues d’Ariadne – et servent d’exutoire au trop-plein sexuel des bouffons de Zerbinetta, qui les besognent en rythme pendant « Großmächtige Prinzessin ». Sans oublier un Echo en schtroumpf obèse sur son nuage qui ne fait que monter et descendre des cintres au-dessus d’un cadavre fossilisé d’éléphant, et une Compositrice (!) 100 000 volts agitant une ridicule baguette pendant tout l’opéra. On soupire de soulagement lorsque Bacchus et Ariadne se retrouvent seuls dans une quasi-immobilité permettant enfin de sortir de cette logique de surstimulation neuronale.

Si au moins la musique compensait les pitreries de la scène. Las, les options de Manfred Honeck vont contre la logique même de la partition, transformée en ersatz d’Elektra où tout est bon pour provoquer des déflagrations. Au diable les textures chambristes, surnuancées au point de déformer la sonorité des Wiener Philharmoniker. L’Autrichien contraint d’ailleurs le plateau à sortir de ses gonds au détriment de toute conversation en musique dans le Prologue. Assez logiquement, on y a confié le Maître à danser à un proto-Heldentenor, et le Laquais à un baryton à la pétoire démesurée pour ses quelques répliques.

Les rôles principaux tiennent leur rang sans le degré d’exceptionnalité attendu à Salzbourg. Eric Cutler a le volume, le brillant et l’endurance de Bacchus, sinon sa séduction de timbre immédiate, Ziyi Dai fait le job en Zerbinetta, avec virtuosité et cocottes parfaitement en place, mais aussi une manière de glisser sur les attaques et une mollesse du phrasé qui floutent le texte de Hofmannsthal. Appelée à remplacer Elīna Garanča, mal à l’aise avec le rôle-titre, Christina Nilsson est son opposé vocal. À l’épaisseur de sa consœur, la Suédoise oppose une émission tranchante, très « schlank », dans l’héritage de sa célèbre et homonyme devancière Birgit. Enfin, Kate Lindsey est méconnaissable de rétrécissement du timbre vers les seuls harmoniques de soprano, et abuse des attaques droites et des sons tubés jusqu’au sommet de la tessiture, en aigus façon sonar, sans doute histoire de mieux communiquer avec les Martiens locaux. Sacré ratage en tout cas que cette production problématique sur toute la ligne.

YANNICK MILLON

Johannes Silberschneider (Der Haushofmeister)
Christoph Pohl (Ein Musiklehrer)
Kate Lindsey (Der Komponist)
Eric Cutler (Der Tenor/Bacchus)
Jonas Hacker (Ein Tanzmeister)
Christina Nilsson (Die Primadonna/Ariadne)
Ziyi Dai (Zerbinetta)
Leon Košavić (Harlekin)
Michael Porter (Scaramuccio)
Lukas Enoch Lemcke (Truffaldin)
Theodore Browne (Brighella)
Manfred Honeck (dm)
Ersan Mondtag (ms/dc)
Franck Evin (l)
Alexander Pannier (v)
Ashley Alexandra Wright (ch)

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