Opéras Madama Butterfly à Toulon
Opéras

Madama Butterfly à Toulon

11/07/2026
Sunyoung Seo. © Aurélien Kirchner

Amphithéâtre (Châteauvallon), 28 juin

Perché sur une colline verdoyante surplombant la mer, l’amphithéâtre de Châteauvallon, quartier d’été de l’Opéra de Toulon, offre à lui seul un décor idéal pour la maisonnette avec vue sur le port de Nagasaki, d’où Butterfly guettera en vain le retour de son époux éphémère. Le metteur en scène Florent Siaud et son scénographe Philippe Miesch complètent cet écrin naturel d’une forêt de tiges blanches alignées en rangées, semblables à des panneaux mobiles qui glissent et se referment progressivement autour de l’héroïne, image de sa prison mentale qu’une carcasse de navire étendue sur le plateau achève de rendre oppressante.

Dans ce cadre épuré, où les magnifiques lumières de Nicolas Descôteaux entrent en résonance avec les états d’âme de Butterfly, on manie des objets symboliques, on prépare élégamment le thé, on s’agenouille sur des coussins plutôt que de s’asseoir : le moindre geste revêt l’allure d’un rituel sacré et pudique. Sans le hiératisme d’un Bob Wilson, mais avec le même désir d’évoquer un Japon tout de retenue, de grâce et de dignité. C’est au fond la lumière intérieure d’une âme noble, à la fois naïve et courageuse, qui éclaire véritablement la scène. Respectant scrupuleusement le livret, sans lui plaquer le moindre propos superfétatoire, Florent Siaud dirige les chanteurs avec une sobriété qui pourra sembler peu inventive, mais dont la justesse et la lisibilité ne font que ravir les nombreux spectateurs découvrant Madama Butterfly. Surtout, il offre un cadre idéal au jeu incandescent de son héroïne.

Sunyoung Seo embrase littéralement le plateau par une incarnation d’une intensité bouleversante, servie par une voix remarquable de projection, de tenue et de finesse expressive. La soprano sud-coréenne déploie une vaste palette de couleurs avec une personnalité et une assurance peu communes, quitte à frôler les limites du bon goût lorsqu’elle détimbre excessivement pour accentuer les inflexions enfantines de son personnage, y compris dans un « Un bel dì vedremo » au phrasé et aux couleurs très personnels. Son médium corsé traverse sans peine l’acoustique du plein air, tandis que son émission saine et souple lui permet de filer des pianissimi rêveurs qui réduiraient au silence même le concert des cigales.

Le Pinkerton d’Edgaras Montvidas n’atteint pas les mêmes sommets, handicapé par une émission un peu pâle et un chant pas toujours fluide. En revanche, le Sharpless de Csaba Kotlár impose une noblesse de ligne et une présence scénique exemplaires, contrepoids idéaux à la Suzuki de luxe d’Irina Sherazadishvili, qui sculpte chaque mot avec une articulation souveraine et un authentique sens du théâtre. Mais la véritable force de cette production réside dans sa cohésion d’ensemble. Les comprimari se montrent tous solides et crédibles, avec une mention particulière pour le Goro radieux et ductile de Yoann Le Lan.

L’Orchestre de l’Opéra de Toulon répond avec ferveur au geste ample et généreusement lyrique de son directeur musical Victorien Vanoosten, tandis que le chœur maison parvient à suspendre le temps dans le fameux nocturne à la fin du II, sous un clair de lune parfaitement complice.

PAOLO PIRO

Sunyoung Seo (Cio-Cio-San/Butterfly)
Irina Sherazadishvili (Suzuki)
Kaarin Cecilia Phelps (Kate Pinkerton)
Edgaras Montvidas (F. B. Pinkerton)
Csaba Kotlár (Sharpless)
Yoann Le Lan (Goro)
Jiwon Song (Il Principe Yamadori)
Matthieu Toulouse (Lo Zio Bonzo)
Victorien Vanoosten (dm)
Florent Siaud (ms)
Philippe Miesch (dc)
Nicolas Descôteaux (l)
Éric Maniengui (v)

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