Opéras I puritani à Turin
Opéras

I puritani à Turin

27/05/2026
John Osborn, Gilda Fiume et Nicola Ulivieri. © Mattia Gaido

Teatro Regio, 13 mai

Souvent considéré comme théâtralement fragile, le livret des Puritani se révèle pourtant parfaitement adapté à l’évolution stylistique de Bellini, brutalement interrompue par sa mort prématurée. La raréfaction de l’action et la prédominance de la mémoire et de la réminiscence relèvent ici d’un choix esthétique précis : chaque poussée dramatique est bientôt ramenée à une forme de contemplation lyrique gouvernée par le primat de la mélodie. La folie même d’Elvira, comparée à celle de la contemporaine Lucia di Lammermoor, apparaît moins réaliste et plus abstraite.

Soucieux de donner une assise plus concrète à l’intrigue, Pierre-Emmanuel Rousseau choisit de lire l’ouvrage comme le parcours de la progressive désagrégation mentale d’Elvira, imaginant pour cela une préquelle où l’héroïne est témoin du suicide de sa mère. Dès lors, le voile funéraire maternel devient le simulacre obsessionnel de sa douleur et l’abandon d’Arturo ne fait que rouvrir une blessure infantile jamais cicatrisée ; Elvira ne quittera plus sa robe de mariée, qui apparaîtra au fil de l’opéra toujours plus sale et délabrée. L’ensemble du spectacle se déroule dans une vaste demeure bourgeoise du XIXe, aux boiseries et escaliers monumentaux, dont les espaces sont continuellement redessinés par un jeu de panneaux mobiles, composant un univers sombrement claustrophobe, déjà marqué par les signes de la décadence.

Le point de départ se révèle stimulant dans la mesure où il cherche à donner une épaisseur théâtrale à une œuvre dont l’action demeure souvent absorbée par le pur chant. Pourtant, ces prémisses ne sont développées qu’en partie : la direction d’acteurs reste conventionnelle et la dimension psychologique esquissée par la préquelle ne réapparaît qu’à travers des symboles appuyés, destinés à souligner l’effondrement progressif d’Elvira. Qui plus est, le dénouement imaginé – Riccardo abattant Arturo d’un coup de pistolet avant qu’Elvira ne s’écroule à son tour – paraît aussi arbitraire que maladroitement plaqué sur l’œuvre.

Le versant musical convainc davantage. Tout en conservant la traditionnelle forme du numero chiuso, Bellini la dilate et la remodèle sans cesse, y introduisant détours et reprises qui élargissent la palette expressive. L’écriture orchestrale se voit conférer une fonction évocatrice, grâce aussi aux fréquents rappels thématiques. Tout cela atteste d’un langage désormais orienté vers une expansion mélodique allant à rebours de la concision dramatique. Même en adoptant des tempi vifs pour s’inscrire dans le projet de la mise en scène, Francesco Lanzillotta, soutenu par l’orchestre toujours performant du Teatro Regio, n’en néglige pas pour autant le relief des détails instrumentaux ni le souffle des grandes arches mélodiques, mises en valeur par une heureuse souplesse rythmique et dynamique.

Côté chanteurs, Gilda Fiume impose une Elvira plus lyrique que virtuose, servie par une émission maîtrisée et une belle aisance dans l’aigu. John Osborn affronte les redoutables difficultés d’Arturo en recourant souvent à la voix mixte, avec un phrasé élégant et détaillé et des aigus solidement projetés. Plus réservé, le Riccardo de Simone Del Savio séduit par le timbre sans toujours parvenir à projeter pleinement la voix, tandis que le Giorgio de Nicola Ulivieri allie autorité et humanité. Les comprimari remplissent honorablement leur fonction ; le chœur, préparé par sa nouvelle cheffe Gea Garatti Ansini, se distingue par sa cohésion et sa netteté.

PAOLO DI FELICE

Andrea Pellegrini (Lord Gualtiero Valton)
Nicola Ulivieri (Sir Giorgio)
Gilda Fiume (Elvira)
John Osborn (Lord Arturo Talbo)
Simone Del Savio (Sir Riccardo Forth)
Saverio Fiore (Sir Bruno Roberton)
Chiara Tirotta (Enrichetta di Francia)
Francesco Lanzillotta (dm)
Pierre-Emmanuel Rousseau (ms/dc)
Gilles Gentner (l)
Carlo D’Abramo (ch)

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