Opéras Le nozze di Figaro à Strasbourg
Opéras

Le nozze di Figaro à Strasbourg

23/05/2026
Juliette Mey, Camille Chopin, Andreea Soare et John Brancy. © Klara Beck

Opéra, 7 mai

Follies de Sondheim, coproduction avec le Komische Oper de Berlin, ayant été reporté à Genève en 2028, c’est Gypsy dans la récente production de la Philharmonie de Paris qui viendra clore les six ans et demi de direction d’Alain Perroux à l’Opéra National du Rhin. De ce fait, ces Nozze di Figaro resteront comme sa production d’adieux. Même si on ne peut la mettre totalement au firmament des spectacles les plus emblématiques de son passage à Strasbourg, elle témoigne une dernière fois de la réussite globale de son projet. Ces Nozze, qui transportent la mécanique de Beaumarchais si bien réglée par Da Ponte dans notre monde contemporain, en faisant jouer sur scène la moindre pulsation de la partition, sont irrésistibles. Car la mise en scène de Mathilda du Tillieul McNicol déborde de l’énergie communicative nécessaire, sans devenir ni trop typée, ni trop chargée comme certaines vues récemment à Aix ou Bastille.

Nous voici donc chez quelque capo mafioso, ou chez un néo-Berlusconi – façon Sorrentino – amateur de chair féminine, à l’œuvre dès l’Ouverture au fond d’un cagibi, tandis que sa domesticité s’affaire dans la grande pièce quasi nue que crée un gigantesque rideau de fond rouge. Couleur qui régnera sur les parois de stratifié qui forment et ferment les boîtes mobiles structurant un espace de scène habile à montrer office, chambre avec salle de bains, salon avec bureau du patron, avant de laisser à l’acte IV la nuit noire imposer son théâtre cruel autour d’une longue table de banquet tendue de blanc. En surgiront les témoins du déshonneur et de la défaite du Comte, la Comtesse refusant la réconciliation. Costumes d’aujourd’hui, pas toujours seyants (le jogging de Madame !) mais vrai échange de robes. Le poids des valeurs sociales reste visible, comme dans le regard que les inférieurs, nombreux, silencieux ou choraux, jettent sur les comportements des puissants, pour dire : rien n’a changé malgré le rajeunissement de l’esprit. C’est vif, drôle souvent, cela n’a pas peur de la vérité des êtres, et surtout, cela narre l’action sans la détourner, vertu aujourd’hui considérable – et bien l’une des constances du directeur sur le départ.

Si chacun joue ici vrai, il montre un chant français et international parfois en herbe, à l’exception de Marie Lenormand, Marcellina à la voix en déclin. Mais chez tous, on entend les possibilités à venir, comme chez la Comtesse d’Andreea Soare, belle voix, qui reste trop appliquée et ne captive dans aucun des ses deux airs, ou chez le Comte de John Brancy, parfait cavaliere au timbre chaud, velouté, plein, mais qui varie peu ses couleurs. Au beau Figaro de Lysandre Châlon, très à l’aise au niveau personnage, manque encore un rien de racé de la ligne et du mot, tandis que la Susanna de Camille Chopin distille à ravir son air « des marronniers ». Le Cherubino de Juliette Mey, frais, candide et sans retenue, est adorable dans « Voi che sapete », et le Bartolo d’Alexander Vassiliev impeccable. Le reste de la distribution appartient ou sort de l’Opéra Studio, tel le Basilio de Glen Cunningham en folle bien d’aujourd’hui, le Don Curzio de Pierre Romainville, l’Antonio de Dominic Burns et la délicieuse Barbarina de Jessica Hopkins ; aucun ne laisse indifférent. Ce n’est pas la plus splendide leçon qu’on ait entendue, mais l’une des plus aptes à entraîner le public dans son univers.

On aurait aimé que le support de l’Orchestre National de Mulhouse, qu’on a connu plus séduisant et subtil de sonorités, ne semble pas aussi sec, sous la baguette pourtant nerveuse et contrastée de Corinna Niemayer.

PIERRE FLINOIS

John Brancy (Il Conte di Almaviva)
Andreea Soare (La Contessa di Almaviva)
Camille Chopin (Susanna)
Lysandre Châlon (Figaro)
Juliette Mey (Cherubino)
Marie Lenormand (Marcellina)
Alexander Vassiliev (Bartolo)
Glen Cunningham (Basilio)
Pierre Romainville (Don Curzio)
Jessica Hopkins (Barbarina)
Dominic Burns (Antonio)
Corinna Niemeyer (dm)
Mathilda du Tillieul McNicol (ms)
Basia Bińkowska (d)
Mel Page (c)
Adam Silverman (l)

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