Opéras Medusa à Bruxelles
Opéras

Medusa à Bruxelles

20/05/2026
Josh Lovell et Claudia Boyle. © Simon Van Rompay

La Monnaie, 5 mai

Nouvel opéra d’Iain Bell mis en scène par Lydia Steier, qui en signe également le livret, Medusa s’empare d’un mythe saturé de lectures symboliques. Le point de vue adopté est clair : rendre à la Gorgone son humanité première et replacer au centre du récit la violence dont elle est victime, du viol par Poseidon à la punition infligée par Athena. L’intention ne manque ni d’évidence ni de force, encore fallait-il lui donner une véritable densité dramatique. C’est sans doute là que l’ouvrage rencontre sa limite. Le livret (en anglais), assez plat dans son déroulement, expose les enjeux avec netteté, mais sans toujours leur donner l’épaisseur qu’ils requièrent. L’action est divisée en deux grandes parties, la première consacrée à la chute de Medusa, la seconde à sa condition de créature bannie jusqu’à la rencontre avec Perseus. Cette césure est lisible, presque trop. Car si le personnage change bien de statut psychologique, l’écriture vocale ne traduit qu’imparfaitement cette bascule, laissant en partie dans l’ombre la métamorphose intérieure.

La partition n’est pourtant pas sans qualités, avec un sens réel de l’efficacité dramatique et une capacité à rendre immédiatement compréhensibles les péripéties du drame. Le premier acte convainc davantage, parce qu’il avance, qu’il concentre les tensions, et qu’il trouve un meilleur équilibre entre exposition et propulsion. Le II paraît plus étale, moins tendu, jusqu’à ce long face-à-face entre Perseus et Medusa, dont l’insistance finit par affaiblir ce qu’il cherche à approfondir.

Visuellement, le spectacle repose sur un grand dispositif noir, abstrait, manipulé à vue, qui trouve dans la seconde partie une image forte lorsque l’espace se peuple des corps des hommes pétrifiés par le regard de Medusa. Rien de décoratif ici : une noirceur compacte, presque funèbre. Quant aux deux sœurs, figures de solidarité autant que de cruauté, elles évitent l’idéalisation. Steier a l’intelligence de ne simplifier ni les rapports entre les sexes ni ceux qui se nouent entre femmes, avec la voix hors scène de Danaë, la mère de Perseus, qui introduit dans le drame une douceur absente du destin de l’héroïne et donne au dénouement une couleur plus ambiguë.

Le plateau vocal défend l’ensemble avec un engagement inégal mais globalement solide. Dans le rôle-titre, Claudia Boyle laisse au départ une impression un peu retenue, la surface vocale semblant d’abord limitée, avant de s’imposer plus nettement ensuite par sa présence et sa tenue dramatique. Paula Murrihy donne à Euryale une vraie consistance. Angela Denoke demeure immédiatement saisissante, offrant à Stheno cette autorité singulière, comme une ombre portée de ses grands rôles passés. Josh Lovell campe un Perseus correct, sans marquer profondément. Konstantin Gorny, en Poseidon, paraît plus brouillon de ligne, là où Mary Elizabeth Williams fait valoir une Athena éclatante et sonore. Anu Komsi donne à la Grande Prêtresse une belle intensité, Marie-Juliette Ghazarian défendant honorablement la partie de Danaë.

Dans la fosse, Michiel Delanghe dirige avec une qualité précieuse dans ce répertoire, qui consiste à clarifier sans assécher. Le discours reste lisible, l’orchestre respire, et la continuité dramatique y gagne ce que le livret ne lui apporte pas toujours.

DAVID VERDIER

Claudia Boyle (Medusa)
Paula Murrihy (Euryale)
Angela Denoke (Stheno)
Josh Lovell (Perseus)
Konstantin Gorny (Poseidon)
Mary Elizabeth Williams (Athena)
Anu Komsi (High Priestess)
Marie-Juliette Ghazarian (Danaë)
Michiel Delanghe (dm)
Lydia Steier (ms)
Flurin Borg Madsen (d)
Katharina Schlipf (c)
Elana Siberski (l)

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