2 DVD Cmajor 771108 & 1 Blu-ray 771204

Oublions l’Allemagne médiévale. Ne pensons plus à Goethe. Laissons de côté la tentative de Barbier et Carré de complaire au public du Second Empire. Reste la musique de Gounod, si connue qu’elle semble n’avoir plus d’âge. Comme toujours avec les productions de La Fura dels Baus et de ceux qui en sont proches, il faut prendre tel quel ce spectacle d’un opéra revisité ici de fond en comble, au risque d’irriter constamment ceux qui se rappellent encore que Faust a été créé en 1859.

Après Amsterdam (voir O. M. n° 97 p. 44), Madrid a repris cette mise en scène déroutante, surprenante parfois mais incontestablement cohérente tant dans sa conception d’ensemble que dans sa maîtrise technique. La réalisation de Xavi Bové permet de mesurer tout le soin apporté par Àlex Ollé à la direction d’acteurs, à l’utilisation d’un décor en perpétuel mouvement, à la gestion jamais banale des choristes et des divers figurants. Passé un premier mouvement de surprise, on en vient à s’habituer à ces costumes venus de quelque carnaval déglingué, à ces lumières souvent agressives, à ces innovations sorties on ne sait d’où. Quelques images ne s’oublient pas de sitôt ; celles, par exemple, de Méphisto en faux Christ, tatoué de pied en cap ou de toutes ces « femelles » à la poitrine démesurée. Doit-on pour autant en conclure que cette production nouvelle dénature foncièrement une œuvre devenue immortelle ?

Une chose est certaine en tout cas : la distribution réunie au Teatro Real en 2018 est l’une des meilleures que l’on puisse imaginer de nos jours. Alliant souverainement la modestie et l’éclat, l’énergie et la fragilité, Marina Rebeka offre une Marguerite proche de l’idéal, ni Castafiore ni oie blanche. Servie par une mise en scène qui sait mettre en valeur ses multiples talents dramatiques, sa voix, de bout en bout, reste imprégnée d’une troublante sensualité.

Mieux encore que dans son enregistrement audio sur le vif au Wiener Staatsoper (Bertrand de Billy, Orfeo, 2009), Piotr Beczała parvient lui aussi à traduire la complexité du rôle de Faust, auquel il confère une présence vocale du plus haut niveau. Plus punk inquiétant que prince des ténèbres, plus baryton que basse profonde, Luca Pisaroni campe un Méphistophélès prêt à tout pour arriver à ses fins. Si l’on considère également les excellentes prestations de Serena Malfi, de Sylvie Brunet-Grupposo, d’Isaac Galán, et, plus encore, de Stéphane Degout, comme toujours exemplaire dans son approche d’un personnage, il ne fait pas de doute que nous tenons là une version de Faust qui appelle des applaudissements sans réserves.

Ajoutons, et ce n’est pas rien, que tant les chœurs que l’orchestre, placés sous la direction parfaitement équilibrée et jamais banale de Dan Ettinger, n’ont rien à envier aux meilleures approches musicales d’hier et d’avant-hier. Faut-il alors fermer les yeux et ouvrir seulement les oreilles en découvrant ce DVD, qui nous parvient huit ans après son enregistrement public ? À y bien réfléchir, nous ne le pensons pas.

PIERRE CADARS

2 DVD Cmajor 771108 & 1 Blu-ray 771204

Piotr Beczała (Faust) – Luca Pisaroni (Méphistophélès) – Stéphane Degout (Valentin) – Isaac Galán (Wagner) – Marina Rebeka (Marguerite) – Serena Malfi (Siébel) – Sylvie Brunet-Grupposo (Marthe)

Coro y Orquesta Titulares del Teatro Real, dir. Dan Ettinger. Mise en scène : Àlex Ollé. Réalisation : Xavi Bové (16:9 ; stéréo : PCM ; DTS-HD max 5.1)

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