Opéras Le nozze di Figaro à Cologne
Opéras

Le nozze di Figaro à Cologne

24/03/2026
Adolfo Corrado, Kathrin Zukowski, Germán Olvera et Christoph Seidl dans Le nozze di Figaro. © Thilo Beu

Staatenhaus, 6 mars

2026. Le palais d’Almaviva est devenu un musée dont on restaure minutieusement le mobilier d’époque entre deux visites de touristes. Autoritaire et séducteur, l’un des descendants du Comte en est l’énergique directeur, qui s’apprête à aller occuper un poste prestigieux à Londres. Il compte bien y emmener Susanna, historienne de l’art, et son fiancé Figaro, homme à tout faire, mais certainement pas Cherubino, le stagiaire inefficace. Lors d’un cocktail, tout le personnel technique et de gardiennage se réjouit des noces prévues de ses deux collègues. Les problèmes relationnels entre un homme de pouvoir et une jeune femme placée sous son autorité sont intemporels, rappelle Katharina Thoma. Constat pertinent mais nullement original. Ce qui l’est plus, c’est que la metteuse en scène, qui a pris sa part dans le vaste mouvement de relecture des livrets d’opéras pratiqué outre-Rhin avant même que le mot « déconstruction » soit à la mode, ne s’arrête pas là et ose… la reconstruction.

À rebours de tant de lectures qui démolissent au fil de la soirée un décor initialement splendide, Thoma préfère remonter le temps en retirant progressivement du palais les objets qui s’y sont accumulés au fil des ans – avec à la clé une discrète réflexion sur nos travers de consommation – et en lui restituant son lustre original. Les écrans annoncent 1936 pour le deuxième acte, avec un Comte brutal en bottes noires rentrant de la chasse fusil à l’épaule et molosse en laisse, et une Comtesse vaporeuse en style Charleston. Pour le troisième, on est revenu à 1786 avec costumes somptueux, robes à panier et perruques poudrées, tandis que le jardin de l’acte IV, plus blanc que vert, transporte même les spectateurs sur les sommets de l’Arcadie, avec des statues de marbre qui s’animent au milieu des protagonistes travestis. Empreinte d’intelligence et de subtilité, la proposition globale est séduisante, d’autant qu’elle se double d’un travail précis sur la caractérisation des personnages et d’une direction d’acteurs millimétrée.

Directeur musical de l’Opéra de Cologne, Andrés Orozco-Estrada emmène un Orchestre du Gürzenich resserré, souple et ductile, dans une lecture historiquement informée avec de beaux équilibres entre les pupitres. Conjuguant conception rigoureuse et gestique enthousiaste, le chef anticipe de son corps chaque inflexion de la partition, exacerbant chaque trace de danse possible et dansant lui-même. Le continuo est inventif et plein d’humour.

Le plateau est dominé par un couple de serviteurs de haut vol : Kathrin Zukowski, une Susanna façon Julie Andrews, forte d’un soprano clair et puissant, d’aigus radieux et de graves soyeux (son « Deh vieni, non tardar » est sublime), et Adolfo Corrado, Figaro conciliant rondeur et sobriété avec beaucoup d’élégance. Si le Comte de Germán Olvera séduit également par son legato et sa projection, on reste nettement plus réservé face à la Comtesse de Selene Zanetti, qui obère « Porgi amor » d’un vibrato trop large et d’aigus imprécis, et plombe « Dove sono » d’une diction pâteuse et de demi-teintes hasardeuses. Le Cherubino d’Anita Monserrat est correct sans être exceptionnel, et le reste de la distribution pratiquement sans faille.

NICOLAS BLANMONT

Germán Olvera (Il Conte di Almaviva)
Selene Zanetti (La Contessa di Almaviva)
Kathrin Zukowski (Susanna)
Adolfo Corrado (Figaro)
Anita Monserrat (Cherubino)
Claudia Rohrbach (Marcellina)
Lucas Singer (Bartolo)
Dmitry Ivanchey (Basilio)
Rhydian Jenkins (Don Curzio)
Alina König Rannenberg (Barbarina)
Christoph Seidl (Antonio)
Andrés Orozco-Estrada (dm)
Katharina Thoma (ms)
Johannes Leiacker (d)
Irina Bartels (c)
Nicol Hungsberg (l)

.

Pour aller plus loin dans la lecture

Opéras Ercole amante à Paris

Ercole amante à Paris

Opéras L'Étoile à Breda

L'Étoile à Breda

Opéras A Midsummer Night’s Dream à Karlsruhe

A Midsummer Night’s Dream à Karlsruhe