Concerts et récitals Spartaco à Trondheim
Concerts et récitals

Spartaco à Trondheim

02/03/2026
Luigi Morassi et Natalie Pérez. © Frimurerlogen/Arne Hauge

Frimurerlogen Hall, 29 janvier

L’événement de cette 13e édition du Festival Baroque (Barokkfest) de Trondheim – troisième ville de Norvège –, placée sous le signe de la liberté, est la résurrection, en version de concert (trois heures malgré les coupures), du Spartaco de Giuseppe Porsile (1680-1750), « opera seria » créé en février 1726 à Vienne. Sans forcément crier au chef-d’œuvre, on apprécie la qualité du livret de Pasquini – où, loin de l’image véhiculée par le cinéma ou les séries, l’ex-esclave et gladiateur est présenté, à Capoue, en tyran avide de pouvoir et de sang – comme de la musique. Celle-ci puise à la meilleure tradition napolitaine, tant pour l’écriture seria que dans la veine buffa (illustrée par les deux personnages comiques, Rodope et Trasone), avec parfois je ne sais quoi de germanique dans le contrepoint. Dommage qu’il y manque un grand lamento alla Vivaldi ou Haendel. L’œuvre, à sa création, avait été portée au succès par trois chanteurs stars : dans le rôle-titre, le « baryténor » Borosini – déjà Bajazet et Grimoaldo chez Haendel en 1724 et 1725 –, la soprano Regina Schoonjans en Vetturia, noble matrone convoitée par le tyran, et la Bordoni en Gianisbe, fille de Spartaco.

Le plateau est ici de qualité. Le jeune ténor italien Luigi Morassi apporte au rôle-titre son autorité et une voix sombre et longue, avec de l’arrogance dans la projection et la diction, et une vocalisation énergique sinon toujours très nette. Si le style est encore perfectible, l’incarnation a déjà un vrai relief, en particulier dans la scène de folie du IIIe acte. Sophie Junker convainc totalement en Vetturia par son soprano charnu, virtuose et stylé. Josè Maria Lo Monaco campe une fière Gianisbe de son mezzo étendu, même si cette tessiture hybride ne la flatte pas toujours. Parfaitement convaincant en revanche est le mezzo robuste de Dara Savinova en Licinio, notamment dans son spectaculaire air final avec trompette « Or sanno i ribelli ».

Malgré deux airs coupés, Anthea Pichanick marque Popilio de son contralto dense et sensible. Enfin, le contrepoint bouffe est assuré avec truculence par le mezzo clair et ductile de Natalie Pérez et le solide baryton-basse d’Håvard Stensvold, malgré un dernier air laborieux. 

Belle prestation, sur instruments anciens, de l’Orkester Nord sous la direction amoureuse de Martin Wåhlberg – fondateur et directeur artistique du festival – malgré des cordes parfois brouillonnes, et maintes reprises da capo délicates. Mais quels beaux pupitres de vents, notamment le basson ! Un enregistrement et une reprise (en Espagne et en France) doivent suivre.

THIERRY GUYENNE

Luigi Morassi (Spartaco)
Sophie Junker (Vetturia)
Josè Maria Lo Monaco (Gianisbe)
Dara Savinova (Licinio)
Anthea Pichanick (Popilio)
Natalie Pérez (Rodope)
Håvard Stensvold (Trasone)
Martin Wåhlberg (dm)

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