Opéra, 15 mai
L’Opéra Grand Avignon remet sur le métier la Turandot créée au Festival de Macerata en 2024 (voir O. M. n° 206 p. 50). Pas une simple reprise, mais une reconfiguration, dictée par les contraintes d’un plateau plus restreint, qui tend à exacerber la brutalité de l’univers exotique et intemporel où Paco Azorín situe l’action : une société dominée par une caste de femmes guerrières, semant la terreur tant parmi le peuple des rizières que chez les prétendants à la main de Turandot. Le metteur en scène espagnol visait une lecture sociale et politique du livret, mais le résultat ne dépasse que rarement le niveau illustratif. C’est surtout qu’il manque une direction d’acteurs aboutie, capable d’incarner ce récit parallèle.
Si la distribution fait preuve d’un engagement dramatique indéniable, c’est avant tout sa cohésion musicale – portée par la direction énergique et implacable (quitte à épaissir le trait) de Federico Santi – qui fait le prix du spectacle. Les individualités ne sont pas en reste, avec le Timur noble et fragile de Luciano Batinić, l’Empereur hiératique de Victor Dahhani, ou les trois ministres parfaitement complices, dominés par le Ping vif-argent de Vincenzo Nizzardo, appelé en remplacement de dernière minute.
Le choix de s’en tenir à la partition inachevée de Puccini, sans le finale, réduit le rôle-titre à la portion congrue pour Catherine Hunold, qui impose sa voix ample et tranchante alliant autorité et intelligence dramatique. Face à elle, Mickael Spadaccini affiche une vaillance à toute épreuve, mais son Calaf gagnerait à une ligne plus soignée et à une émission mieux contrôlée – cette fâcheuse tendance à ouvrir les « i » ! C’est alors le soprano lyrique de Claire Antoine qui nous réserve les plus grandes satisfactions de la soirée, Liù ductile, à la fois tendre et affirmée : ligne souveraine, timbre voluptueux, palette d’une sensibilité rare. Une interprète habitée et une fine musicienne, promise à un avenir radieux.
PAOLO PIRO
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