Opéras Tancredi à Rome
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Tancredi à Rome

01/06/2026
Carlo Vistoli, Martina Russomanno et Luca Tittoto. © Teatro dell’Opera di Roma/Fabrizio Sansoni

Teatro Costanzi, 22 mai

Avec ce Tancredi, Michele Mariotti ramène sur la scène de l’Opéra de Rome le premier chef-d’œuvre « seria » du jeune Rossini, dont la dernière production in loco remontait à 2004. Cette œuvre, qui a marqué la jeunesse du chef, né en 1979 et qui a grandi pendant les premières éditions du Festival de Pesaro, est profondément inscrite dans son ADN, ce que laisse entendre sa direction toujours aussi équilibrée entre drame et lyrisme, et d’un grand raffinement dans les détails instrumentaux.

Il soutient un plateau de très haut niveau dans lequel il a choisi de distribuer le rôle-titre, écrit pour un grand contralto féminin, à un contre-ténor, par esprit d’ouverture. Du reste, Carlo Vistoli possède une technique à toute épreuve et une musicalité de grande classe. Son timbre d’une très grande beauté apporte une tonalité éthérée au personnage de héros idéal. Même si le bas médium reste assez faible, sa voix s’épanouit au fil de la soirée et le chanteur se révèle de plus en plus convaincant jusqu’à un finale tragico très réussi. Sa voix se marie singulièrement bien avec celle de l’Amenaide de Martina Russomanno, beau soprano lyrique à l’aigu d’une grande pureté, mais qui ne manque pas d’ampleur pour les moments plus dramatiques et se taille un succès personnel dans sa grande scène de la prison.

Comme toujours, Enea Scala aborde Argirio avec une tendance au forçage dans l’aigu qui le conduit aux limites de l’accident dans son second air, et il ne retrouve une certaine musicalité que dans son duo avec Tancredi. Luca Tittoto compose un Orbazzano efficace mais sans le supplément de noirceur que réclame ce personnage de méchant vindicatif et, dans le rôle épisodique d’Isaura, la mezzo Ekaterine Buachidze donne une agréable interprétation de son petit air de sorbetto. Les choristes masculins de l’opéra sont d’une totale homogénéité, et les treize danseurs-acrobates qui les doublent dans les scènes d’ensemble assument avec virtuosité la gestique de marionnettes désarticulées que leur impose la mise en scène.

En effet, Emma Dante a choisi de renvoyer le livret, inspiré de la tragédie de Voltaire, à l’univers du théâtre des puppi siciliens, dans lequel les personnages du Tasse sont souvent cités à comparaître. Elle use pour sa scénographie de très belles toiles peintes colorées évoquant les paysages siciliens et transforme les personnages en marionnettes à fil, singulièrement, bien sûr, les chevaliers du chœur mais également les protagonistes. Au fil des scènes, ces derniers s’humanisent mais avec quelques retours à l’état de marionnettes.

Si l’on comprend bien l’idée initiale, les nombreux allers-retours entre les deux états, auquel s’ajoute le rôle de manipulateur au début, complexifie un peu trop la lecture d’une intrigue qui demanderait davantage de simplicité pour être parlante. À la dramaturgie un peu figée de l’acte II, elle se sent obligée d’ajouter un habillage visuel et chorégraphique qui ne fait qu’alourdir une intrigue bloquée sur une situation statique, l’impossibilité pour Tancredi d’admettre l’innocence d’Amenaide bien qu’il ait risqué sa vie pour la prouver. Globalement, sa mise en scène use d’une certaine forme de dérision et laisse peu de place à l’émotion, que la musique et la dimension vocale doivent seules entièrement assumer, sauf à la toute fin lorsque Amenaide détache les liens de Tancredi mourant, le libérant enfin de ses doutes et de toute manipulation.

ALFRED CARON

Enea Scala (Argirio)
Carlo Vistoli (Tancredi)
Luca Tittoto (Orbazzano)
Martina Russomanno (Amenaide)
Ekaterine Buachidze (Isaura)
Maria Elena Pepi (Roggiero)
Michele Mariotti (dm)
Emma Dante (ms/c)
Carmine Maringola (d)
Chicca Ruocco (c)
Luigi Biondi (l)
Manuela Lo Sicco (ch)

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