Teatro Costanzi, 28 avril
La nouvelle production romaine de Roméo et Juliette (qui signe son entrée au répertoire du Teatro dell’Opera) se distingue avant tout par la direction musicale de Daniel Oren, qui confère à la partition une inflexion élégiaque prédominante. Dès le chœur initial, dans un pianissimo presque impalpable, les tempi s’étirent, les dynamiques demeurent contenues, avec un souci constant de ne jamais couvrir les voix ni d’alourdir le tissu orchestral : il en résulte une lecture attentive à exalter le versant languide et sentimental de l’ouvrage. Cette approche, qui privilégie la continuité du souffle et la ductilité du phrasé, en vient par endroits à lisser les contrastes et à émousser l’urgence dramatique, notamment dans les pages de plus grande tension. L’Orchestre de l’Opéra de Rome répond avec discipline aux options de la direction, offrant des textures soignées, dont le nerf et le tranchant, quelque peu limités, demeurent tributaires de l’approche générale adoptée par le chef.
Sur le plan vocal, la Juliette de Nino Machaidze ne convainc que partiellement : la ligne de chant apparaît irrégulière, et le registre aigu tend à se durcir, au détriment de la légèreté et de l’éclat requis par le rôle. À cela s’ajoute une diction française assez approximative, qui nuit à la tenue stylistique de l’ensemble. Plus probant, le Roméo de Vittorio Grigolo séduit surtout lorsqu’il privilégie les demi-teintes et des accents plus intériorisés, trouvant alors des couleurs expressives indéniables ; son approche technique, toutefois, reste inégalement maîtrisée, avec des pianissimi qui tendent à se détimbrer et des aigus en voix pleine, certes sonores mais dépourvus de véritable squillo. Les deux protagonistes n’en assurent pas moins une présence scénique et un jeu crédible, qui soutiennent efficacement la progression de l’action.
Parmi les seconds rôles, globalement bien tenus, on remarque Nicolas Courjal, solide de timbre et d’accent, efficace dans la double incarnation de Frère Laurent et du Duc de Vérone, qu’il campe avec autorité. À signaler également, le Stéphano d’Aya Wakizono, vif et bien projeté, ainsi que le Tybalt de Valerio Borgioni et la Gertrude de Géraldine Chauvet.
La mise en scène de Luca De Fusco – directeur artistique de la Fondazione Teatro di Roma – repose sur un dispositif scénique épuré : une galerie à deux niveaux, disposée frontalement, constitue l’unique élément d’un plateau par ailleurs sombre et dépouillé. Cet espace est animé par des projections vidéo d’un réalisme variable, alternant images figuratives et textures plus abstraites. S’y ajoutent des voiles, réels ou numériques, censés suggérer une dimension onirique, mais dont l’usage répétitif finit par en atténuer la portée évocatrice. L’idée d’inscrire l’action dans un univers visuel sombre et allusif, nourri de réminiscences du XXe siècle, conserve une certaine unité esthétique, sans toutefois trouver un véritable approfondissement dramaturgique.
Au total, un spectacle d’une bonne tenue musicale, mais à l’impact théâtral relativement mesuré malgré une certaine cohérence visuelle, peinant çà et là à soutenir pleinement la tension tragique du drame – impression confirmée par la réception du public : accueil chaleureux réservé aux chanteurs et au chef, quelques réserves à l’égard de la mise en scène.
PAOLO DI FELICE
Vittorio Grigolo (Roméo)
Nino Machaidze (Juliette)
Nicolas Courjal (Frère Laurent, Le Duc de Vérone)
Mihai Damian (Mercutio)
Aya Wakizono (Stéphano)
Christian Senn (Le Comte Capulet)
Géraldine Chauvet (Gertrude)
Valerio Borgioni (Tybalt)
Alessio Verna (Grégorio)
Raffaele Feo (Benvolio)
Alejo Álvarez Castillo (Le Comte Pâris)
Daniel Oren (dm)
Luca De Fusco (ms)
Marta Crisolini Malatesta (dc)
Gigi Saccomandi (l)
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