Concerts et récitals Orlando à Paris
Concerts et récitals

Orlando à Paris

02/04/2026
Aude Extrémo. © Cassiana Sarrazin

Théâtre des Champs-Élysées, 19 mars

Jamais encore, dans son riche parcours haendélien, Marc Minkowski n’avait abordé Orlando. Ce concert, à la mise en espace animée par un Amour ailé omniprésent (comédien non nommé dans le programme !), soulignant le second degré finement présent dans l’œuvre, bénéficie d’un orchestre des Musiciens du Louvre aux cordes fournies (bel exploit en cette période de budgets tendus !), avec cette sonorité roborative qu’affectionne le chef. En ce début d’une mini-tournée, reste certes à homogénéiser ici ou là la justesse côté violons et à régler quelques cadences passablement bousculées ce soir, mais l’énergie dramatique et le caractère sont bien là. Saluons aussi, surtout en seconde partie où se fait sentir une certaine détente, un travail des couleurs et demi-teintes qu’on associe peut-être moins au style Minkowski, mais qu’appelle la composante pastorale de l’ouvrage (les airs jumeaux du couple d’amants, « Verdi allori » et « Verdi piante »).

Zoroastro d’un réel aplomb malgré sa jeunesse, le baryton-basse anglais Edward Jowle, beau timbre et bon grave, déploie des vocalises percutantes pour un « Lascia Amor » flamboyant, mais des variations et aigus interpolés d’un goût plus discutable dans « Sorge infausta ». Jeune aussi, l’Allemande Alina Wunderlin est une Dorinda légérissime, suraigu aisé mais timbre étroit, dont, en comédienne fine mouche, elle tire néanmoins des effets payants dans « Amor è qual vento ». Belle complémentarité avec le soprano plus pulpeux, quoique haut placé, aux vocalises et trille admirables, d’Ana Maria Labin, Angelica d’un très grand charme : quel sourire dans la voix ! Yuriy Mynenko incarne de son contre-ténor dense un Medoro très bien chantant et sans mièvrerie aucune. 

Enfin, si le choix d’Aude Extrémo pour le rôle-titre pouvait interroger, sa formidable prestation balaie nos doutes : très bien préparée, la mezzo française en assume avec panache la tessiture – la plus grave écrite pour le castrat Senesino – d’une voix minérale, homogène, admirable de projection et aux vocalises aussi précises qu’impressionnantes de souffle. Dans la lignée d’une Ewa Podleś – plus que de Marilyn Horne –, son paladin saisit par son allure et la variété des couleurs et inflexions convoquées dans les récits comme dans les airs. Portée par un orchestre déchaîné, la scène de la folie (seul moment où, à juste titre, Minkowski autorise une fin de cadence dans l’aigu) est le sommet d’une soirée qui aurait mérité d’être immortalisée au disque.

THIERRY GUYENNE

Aude Extrémo (Orlando)
Ana Maria Labin (Angelica)
Yuriy Mynenko (Medoro)
Alina Wunderlin (Dorinda)
Edward Jowle (Zoroastro)
Marc Minkowski (dm)

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