Concerts et récitals I masnadieri à Marseille
Concerts et récitals

I masnadieri à Marseille

01/04/2026
Antonio Poli et Nino Machaidze© Christian Dresse

Opéra, 8 février 

Parmi les opéras des années de galère, I masnadieri fait figure de véritable rareté. Sans doute faut-il en accuser un livret réputé impossible, où l’action n’avance que par juxtaposition de numéros, sans le liant des récitatifs, et où le génie dramaturgique de Verdi ne semble se réveiller pleinement que dans les deux derniers actes, même si quelques scènes et de beaux ensembles touchent au meilleur de son inspiration. La distribution prévoit en outre un rôle de soprano colorature, écrit pour Jenny Lind, le fameux « rossignol suédois », difficile à attribuer. Pour cette version de concert, Marseille a réuni un plateau de tout premier plan.

En Carlo, Antonio Poli fait valoir un ténor spinto d’une grande vaillance. Passé un air d’entrée à froid où il peine à trouver son assise, il impressionne par son aigu brillant et inépuisable. S’il possède la véhémence du rôle, il paraît souvent un peu avare des nuances qui donneraient toute sa profondeur à son personnage de hors-la-loi révolté. La noirceur est à trouver dans la composition de Nicola Alaimo en Francesco, son frère ennemi. Voix de belle étoffe, tessiture longue, chant de grande école, le baryton s’impose comme un authentique belcantiste. Peut-être en rajoute-t-il un peu sur la hargne de son personnage, mais il se révèle incroyablement investi dans sa scène de culpabilité finale qui le conduit aux limites de la folie et au suicide.

Nino Machaidze semble plus à l’aise dans les aspects lyriques d’Amalia que dans le registre colorature. Sa belle voix centrale se tend dans l’extrême aigu à pleine voix et manque de légèreté pour les notes piquées de l’enivrante cabalette « Carlo vive », où lui fait défaut un véritable trille, mais elle est remarquablement expressive dans la cantilène et les moments les plus dramatiques. Giorgi Manoshvili offre toute la profondeur de sa large basse à la figure paternelle du Comte Moor qui, sorti de la tombe, appellerait peut-être une tonalité plus fantomatique. La basse de Thomas Dear en Moser, le pasteur du dernier acte, ne pâlit pas face à lui. La parfaite articulation de Carl Ghazarossian donne un beau relief à Arminio et Raphaël Brémard ne démérite pas en Rolla.

Les chœurs, essentiellement masculins, bien préparés, et un orchestre des grands jours où s’illustrent particulièrement les pupitres solistes dans une orchestration raffinée, donnent le meilleur d’eux-mêmes sous la direction énergique de Paolo Arrivabeni, qui porte ce concert à un beau succès amplement mérité.

ALFRED CARON

Giorgi Manoshvili (Massimiliano)
Antonio Poli (Carlo)
Nicola Alaimo (Francesco)
Nino Machaidze (Amalia)
Carl Ghazarossian (Arminio)
Tomas Dear (Moser)
Raphaël Brémard (Rolla)
Paolo Arrivabeni (dm)

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