Opéras Mireille à Lausanne
Opéras

Mireille à Lausanne

19/10/2026
Vannina Santoni. © OPL/Carole Parodi.

Opéra, 6 octobre

Lausanne remet courageusement sur le métier Mireille. Mal accueilli dès sa création en 1864, l’opéra « provençal » de Charles Gounod est peu monté. On comprend pourquoi. L’intrigue (un amour contrarié par la lutte des classes) en vaut une autre, n’était le piétisme invasif de l’adaptation par Michel Carré du poème de Frédéric Mistral, qui plombe jusqu’à l’inspiration du mélodiste français. L’auteur de Faust a beau s’être rendu, à l’invitation de Mistral, sur les lieux de l’action afin d’en recueillir les parfums, le voyage n’a pas été productif. C’est dans l’anecdote (Chant des Magnanarelles, Farandole, Chanson de Magali, Musette du petit berger…) que l’inspiration séduit, l’essentiel de la composition, assez banal, pouvant convenir à nombre d’œuvres lyriques du XIXe.

Originale, sobre, soignée, la réalisation de Bruno Ravella ne parvient pas tout à fait à sauver cet opéra abonné à l’illustration. L’amour de Mireille pour le vannier Vincent lui a inspiré l’épure d’une scénographie née du tressage de l’osier : trois paniers géants pour les cueillettes du I, une tête de taureau pour le sombre Ourrias, un tunnel de tiges pour le Val d’Enfer, un porche d’église pour les Saintes-Maries-de-la-Mer, et même, montré dès l’Ouverture, un soleil pour la Crau. Si le contenant séduit, bien capté par des lumières (François Thouret) dont le magnétisme gagne au surplomb, le contenu moins, les personnages restant plutôt anecdotiques.

Les épaules des interprètes sont donc des plus sollicitées. Vannina Santoni a-t-elle eu raison de se lancer dans un rôle dont, il y a quelques décennies, certain rédacteur en chef aurait probablement écrit dans ces colonnes qu’elle n’en a pas vraiment la voix ? En ce soir de deuxième, la valeureuse soprano semble se consumer sous le soleil de la Crau à l’instar de l’héroïne. La performance impressionne, sans toutefois effacer l’angoisse qui accompagne chacun des sauts de haies vers des aigus projetés dans un total don de soi. On rappellera que la créatrice du rôle (Caroline Miolan-Carvalho), effarée par sa partie, se défila un temps.

Au début attachant, le Vincent de Thomas Bettinger, par trop abandonné à la rampe par son metteur en scène, fatigue indéniablement dans la dernière scène. Jean-Kristof Bouton est un Ourrias qu’on ne discute pas. La Vincenette d’Andrea Cueva Molnar ravit par son timbre clair dans son beau duo avec l’héroïne. La partie de Taven tombe bien sous la voix idiomatique de Géraldine Chauvet, les excellents Ramon (Matthieu Lécroart) et Ambroise (Nathanaël Tavernier) étant dignement dessinés, à l’instar des comprimari (le noir nocher de Corentin Bournon, la Voix céleste d’Hannah Blaser, la Clémence au pied levé de la choriste Lily Blanchard). Cerise sur le gâteau, le très gracieux Andreloun de Maxence Billiemaz, ici solide gaillard plutôt que l’enfant prévu par Gounod. Intelligemment chorégraphié (la Farandole sous un quintuple collier de pompons, qui pousse les héros l’un vers l’autre ; la longue tablée des moissonneurs), le chœur retient constamment l’attention.

Efficace et lyrique, Jean-Marie Zeitouni tient bien les rênes de cette Mireille en demi-teintes qui, même donnée dans sa version originale (on a échappé à la fin heureuse composée en vain par Gounod), n’aura toujours pas réussi son examen de passage, comme en témoignent le grand nombre de fauteuils restés vides.

JEAN-LUC CLAIRET

Vannina Santoni (Mireille)
Thomas Bettinger (Vincent)
Jean-Kristof Bouton (Ourrias)
Matthieu Lécroart (Ramon)
Géraldine Chauvet (Taven)
Andrea Cueva Molnar (Vincenette)
Nathanaël Tavernier (Ambroise)
Maxence Billiemaz (Andreloun)
Lily Blanchard (Clémence)
Corentin Bournon (Le Passeur)
Jean-Marie Zeitouni (dm)
Bruno Ravella (ms)
Barbara de Limburg (d)
Gabrielle Dalton (c)
François Thouret (l)
Jo Meredith (ch)

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