Opéra, 4 juin
Créée à Nantes la saison passée (voir O. M. n° 210 p. 59), cette Traviata selon Silvia Paoli fait escale à Nice, quelques mois après Montpellier. Paradoxalement, c’est la fois où, malgré une remarquable direction musicale et un formidable trio de protagonistes, le spectacle nous a le moins convaincu. Car cette lecture radicale dynamite volontairement l’œuvre, nous signifiant que Verdi et son librettiste rendent les spectateurs complices de ce système patriarcal en leur faisant verser une larme sur Violetta. On comprend mieux dès lors pourquoi la scène centrale confrontant l’héroïne à Germont est tournée en dérision, avec un ballet incessant de commissaires-priseurs venant embarquer chaque meuble et objet…
Dans un contexte où toute émotion est suspecte, la Violetta suprêmement maîtrisée de Kathryn Lewek impressionne plus qu’elle ne touche. Forte d’une grammaire belcantiste complète, elle se joue bien sûr du finale du premier acte (cantabile sur le souffle, vocalises brillantes et suraigus triomphants), mais trouve aussi l’ampleur requise pour un « Amami Alfredo » fulgurant comme pour sa scène avec Germont. À côté de seconds plans inégaux – où l’on est heureux de retrouver Luca Lombardo en Gastone –, Jean-Sébastien Bou apporte son mordant vocal et son autorité musicale et scénique à un Germont arrogant et pétri de certitudes, comme le demande la mise en scène, tout comme Julien Behr, de son chant ardent et viril, et à l’aigu brillant (sans l’ut conclusif de tradition dans sa cabalette), incarne un Alfredo infantile et égoïste. Il faut d’ailleurs tout leur savoir-faire, ainsi que la vigilance du chef, pour parvenir dans la scène finale à un vrai fondu sonore et à une impeccable mise en place, alors qu’ils sont tous deux hors scène, leur retour compassionnel n’étant que rêvé par l’héroïne.
Dommage quand même que la direction si théâtrale et raffinée d’Andrea Sanguineti, à la tête d’un chœur et d’un orchestre magnifiques, doive servir un spectacle si contestable.
THIERRY GUYENNE
Kathryn Lewek (Violetta Valéry)
Madjdouline Zerari (Flora Bervoix)
Cécile Lo Bianco (Annina)
Julien Behr (Alfredo Germont)
Jean-Sébastien Bou (Giorgio Germont)
Luca Lombardo (Gastone, visconte de Letorières)
Frédéric Cornille (Barone Douphol)
Mickaël Guedj (Marchese d’Obigny)
Wolfgang Rauch (Dottore Grenvil)
Andrea Sanguineti (dm)
Silvia Paoli (ms)
Lisetta Buccellato (d)
Valeria Donata Bettella (c)
Fiammetta Baldiserri (l)
Emanuele Rosa (ch)
.