Théâtre du Capitole, 30 juin
Créée à Toulouse en 2018, puis reprise à Monaco et Marseille (voir O. M. n° 191 p. 51), la mise en scène routinière de Jean-Louis Grinda retrouve son écrin d’origine avec une distribution presque entièrement renouvelée. Si le dispositif scénique de Rudy Sabounghi conserve sa force, il manque toujours l’intensité qui donnerait à ce spectacle le goût du sang qui traverse l’œuvre. Même la violence ou l’appétit sexuel semblent corsetés dans des conventions scéniques factices.
Marie-Nicole Lemieux assume pourtant pleinement le rôle-titre, s’exposant avec hardiesse, domptant d’un regard qui la courtise, méprisant qui lui déplaît. Le timbre soyeux s’épanouit dans un chant affirmé, qui se pare d’une forme d’affectation presque aristocratique, mais sait aussi être joueur et donner au rôle l’intensité qu’il mérite. Don José fruste et emporté, torturé malgré sa bestialité, Airam Hernández séduit aussi par sa ligne alternant les éclats, et les aigus sont là, comme la plus grande délicatesse dans l’air « de la fleur », ou les aigus piano. Remplaçant Alexandre Duhamel souffrant, Adrian Sâmpetrean campe un Escamillo tout en retenue, moins hâbleur que d’autres, peut-être plus sûr de lui et de son aura. Manquant de projection, la voix peine à soutenir l’orchestre, en dépit de son élégance et d’une diction parfaite. Enfin, Anaïs Constans offre à Micaëla la fraîcheur voulue, jeune femme empreinte de modestie et de retenue, qui s’affirme progressivement plus volontaire. À la qualité du timbre s’ajoutent la beauté d’aigus cristallins et le raffinement du médium.
Le reste de la distribution est de belle qualité. On saluera le Moralès débonnaire et contemplatif de Pierre-Yves Cras, dont on apprécie le timbre délicat, et Adrien Mathonat, magnifique en Zuniga aux graves rugueux et profonds, qui assoient d’emblée l’autorité du personnage.
Dans la fosse, Léo Hussain s’attache à une lecture captivante, riche en couleurs et attentive au plateau. La qualité des chœurs fait le reste pour une soirée sans surprise mais riche vocalement.
JEAN-MARC PROUST
Marie-Nicole Lemieux (Carmen)
Anaïs Constans (Micaëla)
Fanny Soyer (Frasquita)
Léontine Maridat-Zimmerlin (Mercédès)
Airam Hernández (Don José)
Adrian Sâmpetrean (Escamillo)
Adrien Mathonat (Zuniga)
Pierre-Yves Cras (Moralès)
Damien Gastl (Le Dancaïre)
Kresimir Spicer (Le Remendado)
Frank T’Hézan (Lillas Pastia)
Léo Hussain (dm)
Jean-Louis Grinda (ms)
Rudy Sabounghi (dc)
Françoise Raybaud Pace (c)
Laurent Castaingt (l)
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